Profil

  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Le blog de Fred Hidalgo

Présentation

  • : Le blog de Fred Hidalgo
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…

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Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 10:38

Vendanges d'automne (6)


Sixième sillon de nos vendanges d’automne, rangées F à L. Avec Philippe Forcioli à la proue et Gilbert Laffaille à la poupe, excusez du peu ! Entre ces deux grands crus (hélas trop modestes, sans esbroufe, goûtés qu’ils sont seulement par un public d’initiés), c’est à une java sans modération que nous vous convions ; à une dégustation de ces vins canailles, comme le chante justement Laffaille, ceux qu’ont jamais d’médaille au concours agricole, qui sont nés sur la paille. Ceux qu’ont pas d’étiquette, qui s’prennent pas au sérieux, qu’en mettent pas plein les yeux, qui sont tout nus sans liquette… Tel « ce rouge pas farouche / Qui roule bien dans la bouche / Ni trop mou ni trop vert / Çui des Bois et Charbons / Qu’a pas l’nez Bourbon / Mais fait chanter les verres ! » Buvons en chœur, chers frères, chères sœurs du taste-vin chansonnier.

 

Gilbert Laffaille – La Java sans modération


quichote_3.jpg• PHILIPPE FORCIOLI : Le mystère demeure ; 16 titres, 64’45. Que dire de lui que nous n’avons déjà écrit cent fois depuis notre rencontre au début des années 80 à la Sainte-Baume (haut lieu chansonnier de l’époque qui accueillait formateurs, artistes et stagiaires de la plus belle eau) ? Qu’il fait partie du haut du panier de la chanson poétique d’expression française, simple et humaine, sans rien d’hermétique. « Enfant de Brassens et de Félix Leclerc », précisait Valérie Lehoux dans son « Portrait » du n° 27 de Chorus : « C’est un homme de parole, de passion, de colère et de silence. Un insoumis, qui échappe au désespérant conformisme de rigueur, et se soustrait aux règles d’un jeu convenu. C’est un homme de richesses, qui pourtant ne possède que trois fois rien. Difficile à cerner. Impossible à cadrer. Philippe Forcioli est de cette race d’hommes intègres et exigeants en voie de disparition. Un poète. Libre comme l’air. » Son nouvel album (le premier, Le Temps des bleuets, remonte à 1990) est une merveille. Un Quichotte, bien sûr, de Si ça vous chante. L’album d’un homme de Parole, au chant profond et proche à la fois, porté par de jolies mélodies. Enfant de Tonton Georges et de Félix, certes, mais aussi camarade de Léo et frangin de Bertin… Il y a pire comme parenté. Autoproduit et autodistribué : P. Forcioli, La Teille, 04290 Salignac (site de l’artiste). 

 • SOPHIE FORTE : Chou-fleur ; 12 titres et leurs versions instrumentales, 75’24. Après Maman dit qu’il ne faut pas et J’suis vert, c’est son troisième album pour enfants, où elle aborde sans tabou tous les thèmes qui la touchent, de la sexualité aux interdits, du temps qui passe aux grands questionnements. Les sans-abri aussi dans un magnifique duo, dénué de sensiblerie mais tout d’émotion, avec Henri Dès (à la manière de La Matinée de Ferrat et Christine Sèvres) : « – Les gens qui vivent dans la rue / D’où ils viennent papa ? / Y en a qui marchent les pieds nus / Ils doivent avoir froid / Est-ce qu’ils avaient une maison / Là où ils sont nés ? / – Je n’sais pas mon chéri / Où était leur maison / On peut changer de vie / Pour un tas de raisons / On peut fuir un pays / Parce qu’il est en guerre / Être né à Paris / Et trouver la misère… » Prod. Victorie Music/Music Box, distr. Universal (site de l’artiste).

• FOUX : La Valse des hommes ; 13 titres, 56’21. Une curiosité. Premier album d’un auteur-compositeur à la voix grave… plus habituée à se faire entendre dans les prétoires que dans les salles de concerts. Fx. Gombert à la ville et au Palais de Justice devient Foux à la scène… et dans cet opus réalisé par un confrère du barreau (Matthieu Maillet), embrigadé dans cette histoire d’hommes (Comme Montaigne à La Boétie), de femmes (Le Vers féminisant) ou d’humains (« Alors mamie ? Qu’est-ce qui se passe ? / Qui dans ta tête a pris ta place ? », Alzheimer). Des plaidoiries parlées-chantées sur fond de guitares acoustique et électrique. Foux Prod., autodistribué : 67 rue St-Martin, 95300 Pontoise (site de l’artiste).

• GAËLE : Diamant de papier, 12 titres, 44’48. Ainsi Albert Weber présentait-il Gaële (avec un l) en chapeau de son « Portrait » de Chorus n° 64 : « Originaire de Haute-Savoie, cette auteur(e)-compositrice-interprète a embarqué pour le Québec il y a huit ans [en 2000]. C’est là qu’elle a réussi son décollage grâce à un tendre et décoiffant Cockpit, premier envol discographique entre imaginaire et réalisme. » Après avoir couru les scènes européennes (elle a été remarquée tout récemment à l’Estival de St-Germain-en-Laye) et québécoises et prêté sa plume à nombre de collègues, Gaële vient de graver un Diamant de papier qui vaut son pesant musical et textuel de carats. À noter la participation de Richard Desjardins sur une chanson : « J’aurai jamais l’accent d’icitte… » Gaële, ma belle, c’est quand tu veux au septième ciel… Productions de l’Onde & Productions du Cockpit, distr. Québec : Sélect (site de l’artiste).

• FRANÇOIS GAILLARD : On s’en fout ; 12 titres, 41’20. « Un mélange de mélancolie allégée et d’humour de situation sans violence apparente, d’où l’émotion surgit insidieusement ». De ce jeune ACI lyonnais, Michel Trihoreau écrivait (dans son « Portrait » de Chorus n° 55) : « Sa façon de “décravater” le vocabulaire à la Vian et son élégance décomplexée dans la syntaxe sur des mélodies aigres-douces, dévoilent un Gaillard méticuleux dans le présent et constamment en éveil devant les probabilités du futur. » Ce troisième album (après Salut l’ami ! en 2002 et Chanson au poing en 2006) comporte deux vidéos en bonus dont celle de la chanson qui donne son titre au CD… sans y figurer en audio : on s’en fout ? Ça serait une erreur de le croire, car le bougre a du talent, « la parole percutante, l’humour incisif et la critique insolente », et tout l’avenir devant lui. Prod. Édito Musiques, distr. Rue Stendhal (site de l’artiste).

• MANU GALURE : Vacarme ; 11 titres, 42’28. « Boulimique et surdoué, notait Yannick Delneste dans son « Portrait » du n° 66 de Chorus, le jeune artiste toulousain séduit par son aisance, dans une ambiance cabaret où les influences de Guidoni et de Juliette sont pleinement assumées. » Bien vu : ce nouvel album bénéficie justement d’une certaine Juliette à la direction atistique, une première pour elle. C’est dire si elle croit en ce talent, jeune prodige plutôt, dont le premier album en piano-voix (Le Meilleur des 20 ans de Manu Galure, 2008) était une simple photo sonore de son spectacle en piano-voix, le charisme et la présence en moins ; car, poursuivait Yannick, « le Gavroche de la ville rose, qui emmène aussi le groupe des Ptits T’hommes (deux albums en 2007 et 2008), est une bête de scène autant qu’un amoureux des mots ». Cet album lui fait vraiment passer un cap. Ambiances puissantes à la Kurt Weill, « entre rock catastrophé et musique bruitiste ». Cela évoque le théâtre burlesque, les débuts du cinéma fantastique, nous conduisant à la rencontre de super-héros aviateurs, de loups-garous dans les ruelles de Berlin… et même, révérence oblige, d’un certain Méliès. Si vous décidez de visiter Le Cabaret de Galure, vous aurez toutes les chances de m’y trouver en train de sabler le Champagne avec Higelin… Kiui Prod., L’Autre Distribution (site de l’artiste).

• OLIVIER GANN : Les Éoliennes ; 12 titres, 48’. Un ancien « astagiaire » d’Astaffort, originaire des Pays de la Loire, dont Francis Cabrel a produit le premier opus, On m’a dit, en 2001. Suivront Instantané en 2004 et À l’ouest en 2007. Compositeur-interprète, son nouvel album a été écrit pour l’essentiel par Nérac, chanteur lui-même (avec Nicolas Peyrac pour un titre, Rendez-vous manqués) et enregistré en électro-acoustique par six musiciens. De la « pop française légère et concernée » d’un artiste en développement durable… Prod. et distr. Musikalouest (site).

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• PASCAL GASQUET : Taillé dans rock ; 10 titres, 43’50. Cinquième album taillé dans le rauque pour la voix, le rock et le blues pour le genre, d’un ACI nîmois attachant qui taille sa route depuis une vingtaine d’années. Pascal Gasquet & Co, c’est Bernard Giquet aux guitares électriques et claviers, Olivier Arnardi également aux claviers, à la basse et à la guitare slide, Steve Belmonte aux drums et le chanteur lui-même à la guitare acoustique et à l’harmonica. Famille Paul Personne, pour vous donner une idée. Ça sonne du feu de Dieu, sans exclure la ballade en tendresse (clin d’œil amusé, mine de rien, à un certain Aragon) : « Je suis ton homme à rien faire / J’ne suis pas sur cette terre / Pour être une bête de somme / La flemme est l’avenir de l’homme / […] Mais un jour il y aura la guerre / C’est ainsi que vivent les hommes / Et tous ces insectes éphémères / Effacés d’un coup de gomme… » Les textes, on le voit, sont signifiants (oui, le contraire d’insignifiants) : dommage seulement, autoproduction oblige, que ceux-ci fassent défaut au livret. Aimerez-vous un peu, beaucoup, énormément… pas du tout ? Moi, comme dit l’autre, j’adore ! Prod. et distr. Anatole Music, 516 rue de Bouillargues, 30000 Nîmes (site de l’artiste).

• LAURENCE HÉLIE : éponyme, 11 titres, 44’41. Une voix aérienne, des musiques qui prennent leur temps, douces mélodies planantes en rapport avec l’intimité des textes (écrits, à deux près, par cinq auteurs différents dont le Français Brice Homs), Laurence Hélie avoue un faible pour le folksong et son admiration pour Hank Williams. Native de la Beauce québécoise, cette jeune et blonde compositrice-interprète est, avec ce premier album tout acoustique où dominent les cordes, la nouvelle révélation de la Nouvelle-France. Prod. Gordon Musique, distr. Canada : Sélect (site de l’artiste). 

• HENRI LÉON ET LES AUTRES : 56 min 12 CHansons ; 12 titres, 56’25. Henri Léon et les autres, c’est Antoine, Denis, Maxime et Nicolas, un quatuor masculin des Pays de la Loire qui joue dans la cour de la chanson fantaisiste, ce qui n’empêche pas – mais toujours de façon légère et ironique – de traiter de sujets sérieux (Tout le monde a le droit… « à son cancer »). Ces quatre garçons dans le vent (ils collectionnent les distinctions dans les concours : Vive la Reprise ! 2010 à Paris, Prix L’Esprit Frappeur en Suisse, Prix Le Mans Cité Chanson…) chantent (Aux quatre vents, à voile et à vapeur : « …je crie mon désespoir / Tonnerre de Brest que mon foyer est loin / Ah mon Roger il me tarde de te voir / Foutre Dieu c’est dur d’être marin ! ») à tour de rôle ou en chœur, dans un environnement tout acoustique. À noter (outre la reprise de À la pêche des cœurs, de Vian et Goraguer) que cet album a été enregistré à l’Autrement Café d’Angers (dont on a parlé dans ces « Vendanges d’automne » à propos de Marielle Dechaume). Prod. Les Saligauds, autodistribution (site du groupe).

• VICTOR HUBLOT : Brassens selon Vitor Hublot ; 9 titres, 30’05. Encore un « Brassens » revisité ! Mais pour le coup, c’est plus qu’une visite, c’est un déménagement de fond en comble. Avec du bon, du moins bon, du pire et du meilleur… selon une hiérarchie différente, c’est sûr, en fonction de l’auditeur, de ses goûts et attentes. En tout ça décape sérieusement le « canon », et dans le chant et dans le traitement musical disons, plutôt, « underground ». La pipe de Tonton Georges s’en retourne-t-elle dans sa tabatière ou s’en bidonne-t-elle devant pareilles blagues… belges ? Car, oui, fume, c’est du belge ! « Vitor Hublot », en effet, c’est une joyeuse bande où l’on trouve (ou trouvera, car ce CD est annoncé comme le premier d’une trilogie) un savant mélange de chanteurs, d’auteurs, de journalistes, de comédiens, de dessinateurs de BD : Jacques Duvall, Renaud Janson, Gilles Verlant, Jean-Louis Sbille, les chœurs des Talbot Sisters, ceux de Sttellla, la voix enfuie (et si regrettée) de Jeff Bodart, celle de Lou Deprijck (détournée jadis, sauf erreur, par un certain Plastic Bertrand quand ça planait pour lui…), sans oublier celle, fort reposante dans ce contexte, de Jil Caplan interprétant Brave Margot. Textes et musiques de Brassens, donc, mais adaptations libres de Guy Clerbois, qui annonce clairement la couleur : « Quoiqu’il en soit, ces différentes approches ne nuisent en rien à l’œuvre initiale, c’est juste une manière d’affirmer notre amour et notre respect à l’artiste pour sa liberté de penser, n’en déplaise aux puristes et à leur récupération… Brassens est toujours vivant et n’appartient pas aux esprits fermés et grâce à Dieu… il bande encore !!! » CQFD ? Prod. Guy Clerbois, Team 4 Action, distr. Cod&s (site du groupe).

• ANAÏS KAËL : Tête de mule ; 11 titres, 40’25. Nous l’avions remarquée en 2005, dès son premier album autoproduit, Chansons coquelicot-trash. Depuis, cette Montpelliéraine installée à Ménilmontant, qui s’accompagne à la guitare mais surtout au piano, a trusté les prix et les concours (lauréate du Grand Zébrock, Prix Paris Jeunes Talents, Médaille d’or de la chanson en suisse, etc.), et chanté sur toutes les scènes de France et de Navarre, du piano-bar local au Zénith (nombreuses premières parties, notamment d’Émily Loizeau, ça situe !). Certains y seront indifférents, d’autres – et j’en suis – applaudiront à sa capacité de briser les carcans de la chanson pour s’y promener en toute liberté. Écriture singulière, musiques et arrangements destructurés en apparence (mais en apparence seulement), chant qui gambade sans limite, rien n’est formaté chez elle. Sensuelle mais non consensuelle, et sans tabou, jusqu’à se glisser dans la peau, si j’ose dire, d’un objet bien identifié (La Confession du vibromasseur) ! Bref, en studio comme à la scène, la jeune femme a décidé de s’« en foutre à cœur joie ». Retenez bien ce nom, Anaïs Kaël, avec deux trémas et une rare personnalité. Prod. Le Chaudron et Ignatub, distr. Musicast (site de l’artiste).

• KARPATT : À droite, à gauche ; CD double, 10 titres, 40’13 + 9 titres, 44’42. « Fred, auteur-compositeur, chante et s’accompagne à la guitare. Hervé y met une pincée de contrebasse et Gets/Gaëtan une pointe de guitare à la Django. C’est la recette de Karpatt, cocktail de swing et de chanson “roots” » : ainsi Stéphanie Thonnet présentait-elle ce joyeux trio, dans leur « Portrait » de Chorus n° 49, à l’occasion de leur deuxième album, Dans le caillou. Le premier, À l’ombre du  ficus, était sorti deux ans plus tôt, en 2002. Suivront Dans d’beaux draps en 2006, Montreuil en 2009 et aujourd’hui, pour fêter les dix ans du groupe, un premier opus en public, et en deux CD, SVP ! Musicalement ça swingue, c’est festif certes, mais ça sait aussi se faire tendre et intime, et gouailleur et intelligent au plan des textes. Parfois même, Brassens et Boby Lapointe affleurent… Et puis l’album est dédié à Mano Solo. Que demander de plus ? Autoproduit, L’Autre Distribution (site du groupe).

• OLIVIER L’HÔTE : Fantastique et monotone ; 7 titres, 26’34. Mini-album mais chansons qui promettent et artiste (originaire de l’Hérault) à suivre : après cinq ans à la tête du groupe Les Hôtes, 150 concerts et un disque (Ô plaisir), en 2007 Olivier décide de poursuivre l’aventure sous son propre nom avec sa guitare, ses paroles, ses musiques, un violoniste, un violoncelliste, voire un contrebassiste quand c’est possible. Un univers de cordes épousant des textes pas banals sur de bien jolies mélodies. Références avouées ? Brassens, « pour son humanité », Brel, « pour l’intensité de l’interprétation », La Tordue et les Têtes Raides « pour leurs inventions », et puis « la musique classique pour les chevauchées lyriques et les musiques traditionnelles du monde pour le côté originel et dansant ». Ça donne envie, non ? Autoproduit et autodistribué (site de l’artiste).

quichote_3.jpg• GILBERT LAFFAILLE (& Nathalie Fortin) : En public ; 18 titres, 67’39. Laffaille en public et en duo, avec notre Franco-Québécoise préférée au piano, c’est rien qu’du bonheur ! Comme quoi, primo, un piano seul suffit quand vous êtes armé de mélodies imparables (et en la matière, Laffaille est un maître) ; secundo, quand vos textes sont jouissifs, et dans l’écriture (et de ce côté-là, Laffaille n’a guère, dans sa génération, que Souchon et Leprest pour « rivaux ») et dans leur signifiance, vous êtes partout chez vous, que vous chantiez à l’Olympia ou, comme ici, à l’Esprit Frappeur de Lutry, en Suisse. Toujours élégant, sans sophistication, toujours très fin, sans jamais le moindre hermétisme, Laffaille est aujourd’hui à la tête d’une œuvre qui lui mérite le panthéon de la chanson. « Dès qu’il chante, disait Nougaro à son propos, en moi un oiseau fraternel s’éveille. » Enfant de Trenet (et de Boby Lapointe) quant à la forme, Laffaille, qu’il joue du registre tendre ou humoristique, de la ballade ou de la musique de genre, se révèle un témoin impitoyable (parce que lucide) de notre temps. À vrai dire, je me demande s’il existe aujourd’hui un artiste dans la  chanson francophone qui manie aussi bien l’art de la satire. L’air de rien, sans jamais élever la voix (encore moins le poing) ni chausser ses grands sabots. Et pourtant, il touche juste, là où ça fait mal. Et quand il vous balance une petite chanson poétique, « à plat », sans arrière-pensée, c’est tout simplement magnifique. Écoutez donc ces Raisins dorés qui parlent des ours, de l’eau dans les sources, des cerfs et des biches, des chemins buissonniers, des vieux châtaigniers, des piverts, de la neige d’hiver, des hiboux solitaires, des merles moqueurs et de quelques vieux hérissons, pour écrire une chanson qui chante au fond du cœur… Si vous ne rendez pas les armes, il n’y a plus d’autre remède pour vous que la Légion étrangère, un abonnement à Minute ou un gavage à toutes les Star Academy et Nouvelles Star du PAF.

 

Gilbert Laffaille – Les Raisins dorés

 

Laffaille ? Un Quichotte, c’est sûr, défenseur de la veuve et de l’orphelin, des petites filles de Chiang Maï, des éléphants (mais pas des présidents), de l’Homme avec un grand H… et du fruit de ses vendanges, quand il « fait chanter les verres » : un chevalier des notes et lettres, amateur épicurien – l’un n’empêche pas l’autre – de java sans modération. Ce nouvel album est le quatorzième ou quinzième depuis son premier 33 tours : c’était il y a… trente-trois ans, en 1977. Quatre sketches irrésistibles complètent ici son tour de chant, outre une Ballade des pendules (un sommet de la versification en allitérations) qu’il dit désormais, avec un vrai talent de comédien. Ne manquez pas son numéro, car ce genre de funambule, Ça ne tient (souvent) qu’à un fil… Prod. et distr. Traficom Musik (site de l’artiste).

(À SUIVRE) 

 

Publié dans : Actu disques et DVD - Par Fred Hidalgo
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