Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
  • Contact

Profil

  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

Site de Fred Hidalgo

Journaliste, éditeur, auteur
À consulter ICI

Recherche

Facebook

La Maison de la chanson vivante
   (groupe associé au blog)
 

Jean-Jacques Goldman, confidentiel
  (page dédiée au livre)

Livres

15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 13:51

La cavale au cœur


Pour Éluard, c’était une évidence : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » Dans la fraternité chansonnière que je me suis choisie, c’est un simple et récurrent constat. En ce jour inaugural du Salon du Livre, peu après s’être mis en règle avec son adolescence, à cinquante ans, en faisant revivre Ferré sur scène (j’étais à la dernière à Perpignan), Cali publie son second récit autobiographique. Paco Ibañez, lui – dont la voix faisait écho à celle de Léo chez le jeune Bruno, à Vernet-les-Bains –, célèbre actuellement les cinquante ans de son récital triomphal à l’Olympia (j’étais à la première, au Casino de Paris). Bruno, Léo, Paco, retour au grand galop vers le futur… Ah oui, le titre du nouveau livre de Cali ? Cavale (ça veut dire s’échapper) ! Autrement dit, en version française dans le texte, A galopar

Un an après Seuls les enfants savent aimer qui racontait la mort de sa mère vue à travers ses yeux d’enfant de six ans et demi, avec le traumatisme qu’on devine, Cali nous offre à présent l’histoire de son adolescence. Celle des premiers émois physiques, des passions musicales, celle aussi de sa « cavale » en Angleterre, sans prévenir les siens, pour y retrouver son premier amour de vacances…

Nous en avions parlé l’été dernier à Port-Leucate où nous étions invités tous deux dans le cadre de la manifestation littéraire « Auteurs à la p(l)age » et Cali nous confiait alors tout le bonheur qu’il trouvait dans l’acte d’écrire autrement, sans contrainte de format, autre chose que des paroles de chansons :

« L’écho provoqué chez les lecteurs par ce premier livre m’a tellement ému, que j’ai eu envie de continuer. D’autant que je me suis pris au jeu de l’écriture au long cours… Après avoir mis en scène le petit Bruno, six ans, le prochain racontera mes quinze ans à Vernet-les-Bains, à Prades… et ailleurs.

– Ce sera un récit purement autobiographique ? L’adolescence après l’enfance…

– Oui et non, car je l’écris comme un roman, comme mentionné sur le premier : Seuls les enfants savent aimer, roman. Ce sera un récit vrai mais aussi fantasmé… Peu importe que tout soit véridique ou pas, comme les noms des personnages, l’important c’est que l’ensemble soit vrai. Que ça vienne de loin, des tripes… et qu’on le ressente ainsi à la lecture.

– Tu sais où tu vas ? As-tu bâti un plan ? Arrêté une chute ?

– Non. J’avance au jour le jour, en laissant courir les mots et les souvenirs dans mes cahiers d’écolier. Et je saurai exactement quand et comment conclure… le moment venu. »

On était alors à deux mois de la sortie de son album Cali chante Ferré et de la tournée d’automne de trente dates, précisément, pas une de plus, qui allait suivre jusqu’à la dernière (officielle) à Perpignan, « à la maison ». Vieille histoire que sa passion pour Léo Ferré, pas évidente au départ…

Tout petit, c’est par Guy Béart qu’il avait découvert la chanson : « Lorsque ma grand-mère me promenait dans ma poussette, elle chantait “Ma petite est comme l’eau…” et il paraît qu’un jour j’ai continué en chantant : “Elle est comme l’eau vive” ! Vrai ou faux, c’est parti de là. Et le premier disque qu’on m’a offert, très jeune, a été un disque de Béart… À dix ans, j’ai été entraîné par ma sœur à un concert de Julien Clerc ; ça m’a marqué car il y avait de grandes chansons qui sont encore là aujourd’hui. Et puis il y a eu Renaud : vers treize-quatorze ans j’étais en plein dans Les Aventures de Gérard Lambert qui m’émouvaient énormément. À la maison, papa écoutait beaucoup Léo Ferré et Paco Ibañez. Mais Ferré pour moi était un ovni. Je n’arrivais pas à comprendre les textes. Je me suis réfugié chez Brel, qui me faisait pleurer d’espoir. Brel m’a beaucoup aidé… »

Il faudra un « déclic » pour que Léo Ferré se révèle vraiment à Cali, par l’intermédiaire de Richard, que son grand frère lui fait écouter un jour : « Cette chanson m’a complètement bouleversé ! » Dès lors, Ferré ne le quittera plus : « On a beau s’y plonger et s’y replonger, on continue de le découvrir. C’est le seul chanteur qui nous en a laissé pour des siècles ! »

La suite – son album et son spectacle – étaient en quelque sorte écrits. Son propre répertoire l’annonçait d’ailleurs de manière explicite : certains titres de ses albums et chansons comme L’Espoir, L’Âge d’or ou L’Amour fou, certaines thématiques (L’Exil…), mais aussi le développement de certains textes, sans parler de références précises. Révérence délibérée, parfois aussi, jusque dans le phrasé, parlé ou musical, voire instrumental. Tout convergeait ainsi de longue date, naturellement, absolument, obligatoirement, vers cette sorte de réincarnation. Car Cali chante Ferré sur scène, que malheureusement peu de monde aura vu (trente représentations seulement, toutes à guichet fermé et s’achevant par une ovation debout), c’était d’abord et avant tout la parole redonnée à Léo, qui ouvrait et terminait notamment la soirée au milieu d’une écoute admirable…

Bien sûr il reste l’album, mais figé dans sa gangue de polycarbonate il ne saurait donner ni même approcher le plaisir ressenti charnellement dans la salle. Alors, en attendant une éventuelle reprise dans l’avenir (Cali ne l’exclut pas), sachez que, même si d'aucuns pouvaient se dire gênés au début par une interprétation jugée hâtivement de lèse-majesté, comparaison n’étant pas raison, tout le monde était vite embarqué par la sensibilité du propos, le décalage délibéré rompant intelligemment avec le risque du copié-collé insipide. Un choix de chansons et poèmes 100% Ferré, de Jolie môme à La Mélancolie en passant par Thank You Satan, une mise en musique originale et néanmoins respectueuse des mélodies (excellents Steeve Nieve aux claviers et programmations – le « Popaul » Castanier de Cali – et François Poggio aux guitares), un chant à la hauteur et un charisme naturel, c’était la recette d’un cocktail apprécié tant par le public habituel de Cali (qui découvrait sans doute l’essentiel de ce répertoire) que par celui venu surtout pour Ferré – et ce n’était pas gagné d’avance !

Une seule exception dans ce parti pris exclusivement ferréen : L’Affiche rouge, dont les mots d’Aragon résonnent toujours aussi fort, peut-être plus fort ici que nulle part ailleurs, en Roussillon où l’on allait commémorer la Retirada des Républicains espagnols de janvier-février 1939, pour rendre hommage à tous ces étrangers fuyant le fascisme avant de rejoindre bientôt la Résistance pour se battre contre le nazisme :

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient “la France” en s’abattant

Trente dates, pas une de plus, pour célébrer ou plutôt, déplorait le chanteur, pour « rattraper l’absence presque totale de célébration du centenaire de la naissance de Léo Ferré » en 2016. « Nous avons pourtant eu la chance d’être les contemporains du Beethoven de la chanson… » Trente dates dont une, obligée, au Théâtre Dejazet, le 16 novembre, en présence d’un Mathieu Ferré ravi et conquis, là même où son père avait fait durant trois semaines, en novembre 1990, sa dernière « rentrée parisienne », à l’époque où cette salle s’appelait encore le TLP (Théâtre Libertaire de Paris).

Cali n’a jamais vu Léo Ferré sur scène. C’est le regret de sa vie d’artiste. De sa vie tout court, en souvenir du temps où, à Vernet-les-Bains (au pied du Canigou, la montagne sacrée des Catalans), la famille Caliciuri l’écoutait religieusement. Lui… et Paco Ibañez, dont il pressentait les relations privilégiées : « Paco Ibañez et Ferré, ça devait être quelque chose… J’aurais tout donné pour être une mouche sur l’épaule de l’un des deux ! »

Au-delà de la chanson, il y avait cette histoire commune. Celle de l’Espagne que Léo avait tant chantée sans la connaître, du Bateau espagnol de ses débuts à L’Espoir en passant par Les Anarchistes, Thank you Satan, Franco la muerte ou encore Christie, Le Flamenco de Paris et même La Mémoire et la Mer… Celle que Paco avait magnifiée à travers la mise en musique de ses plus grands poètes, de Luis Cernuda* notamment évoquant l’exode républicain de 1939 avec ces familles séparées à jamais, ces histoires d’amour sacrifiées pour toujours, dans Un Español habla de su tierra (Un Espagnol parle de son pays) :

Eux, les vainqueurs, Caïns sempiternels,
Qui m’ont arraché de tout, ne me laissent que l’exil
Et toi que j’aimais, en qui seulement je croyais
Rien que me rappeler ton prénom désormais
Empoisonne mes rêves…

Amers sont les jours de la vie quotidienne
Rien qu’une longue attente, à force de souvenirs...
Un jour, enfin libérée de leurs mensonges,
Tu me chercheras, mais alors…
Que pourra bien dire un mort ?

___________
*Né à Séville en 1902 et mort en exil à Mexico en 1963, Luis Cernuda appartient à ce mouvement exceptionnel d’écrivains et de poètes qu’on a appelé « la Génération de 27 », aux côtés de Rafael Alberti, León Felipe, Miguel Hernández, Federico García Lorca, etc., tous mis en musique par Paco Ibañez.

La Retirada sera suivie de tragiques développements sur la terre natale de Cali, le Roussillon, où le père de Paco Ibañez, parmi tant d’autres, subira l’accueil le pire qu’on puisse imaginer – d’où la présence du « Maestro » le 24 février dernier à l’hommage officiel rendu par le gouvernement (socialiste) espagnol aux Républicains contraints à l’exil ; un geste historique attendu par leurs enfants, petits-enfants voire arrière-petits-enfants (comme les enfants de Cali) depuis des décennies…

Bruno… et puis Léo et Paco : des amis à la vie à la mort, ceux-là, depuis que le premier avait demandé au second de l’accompagner à la guitare, ainsi que Juan Cedron, pour réenregistrer Le

Bateau espagnol, à l’occasion de l’album Et… basta ! C’était en 1973, quatre ans après le triomphe de Paco à l’Olympia. Une version alternative superbe, restée inédite pendant quarante ans* ! « Ce qui m’a frappé alors, en le côtoyant de près, me confiera Paco, ça a été de découvrir sa vraie nature, c’est-à-dire sa gentillesse, sa fraternité. Tout d’un coup il est devenu un ami. C’est là, longtemps après avoir découvert l’artiste, que j’ai découvert l’homme. Un homme qui correspondait totalement à l’artiste ! »

_____________

*Jusqu’à la sortie de l’anthologie Léo Ferré, 50 plus belles chansons (Barclay, 2013). L’album Et… basta ! fut enregistré seulement avec Marc Chantereau (percussions), Juan Cedron et Paco Ibañez (guitares).

Quinze ans plus tard, en 1988, Paco Ibañez ouvrira enfin les portes de l’Espagne au grand Ferré… « C’était en février, me précisera-t-il. Il a d’abord chanté à l’Alliance française de Barcelone, et à partir de là, je l’ai accompagné en voiture… Jusqu’à Bilbao, où il a fait un triomphe. Mais avant d’aller à Madrid, où il achevait sa tournée, j’avais contacté un groupe d’amis artistes pour leur dire que nous avions beaucoup de chance de recevoir Léo Ferré dans le pays qu’il chantait depuis toujours… Il y avait là quelque chose d’émouvant. On a eu alors l’idée de créer non pas un prix ou une médaille mais quelque chose de spécial, en signe de reconnaissance. Et on a créé la clé de l’Espagne ! Un très-très bel objet en or, réalisé par un artiste catalan. On s’est dit que cette clé, seuls pourraient en disposer les descendants de Cervantes, les artistes à sa hauteur. Alors, on a demandé à Cervantes l’autorisation de la remettre à Léo Ferré… et il nous a dit oui. On la lui a remise à Madrid, lors d’une cérémonie organisée avec la Sacem espagnole. Avec cette clé, toutes les portes de l’Espagne lui étaient ouvertes… Et il était content, Léo, il était ému ! Ensuite il a donné son spectacle au Théâtre Albeniz, archicomble, et c’est toute une histoire parce qu’il a chanté pendant plus de trois heures, seul au piano… avant de rajouter vingt bonnes minutes avec Le Bateau ivre ! » [rire]

L’Espagne, le petit Bruno en entendait souvent parler à la maison : son grand-père italien Giuseppe Caliciuri y avait rencontré sa future femme Maria, en 1937 à Barcelone, où l’année suivante allait naître leur enfant, qui deviendrait à Vernet-les-Bains le père de Cali… « Mon grand-père a fui l’Italie de Mussolini, dans les années 1920… En 1937, il a rejoint les Brigades internationales en Espagne, pour se battre contre Franco. Il était lieutenant et a été gravement blessé sur le front de Brunete, à l’ouest de Madrid… C’est à Barcelone où elle soignait les blessés qu’il a rencontré ma grand-mère Maria : elle était déjà fiancée, mais ils ne se sont plus jamais séparés. En février 39, avec leur bébé d’un an, ils ont atterri sur les plages de Saint-Cyprien et d’Argelès-sur-Mer, dans des camps de réfugiés, accueillis comme des chiens. Ils se faisaient tirer dessus s’ils essayaient de sortir… Ensuite je sais qu’ils ont eu une petite fille et qu’elle a disparu… Puis mon grand-père s’est engagé dans la Résistance… »

Léo, Paco, Bruno… De drôles de types qui sont de ma famille (comme dit l’un d’entre eux que j’estime spécialement), « bien plus que celle du sang / celle que j’ai choisie / celle que je ressens » ; de drôles de types « qui vivent de leur plume / Ou qui ne vivent pas c’est selon la saison / qui traversent la brume / avec des pas d’oiseaux sous l’aile des chansons… » Pour les cinquante ans de son Olympia de décembre 1969, représentation aussi mythique que la dernière de Brel dans l’histoire de cette salle, Paco Ibañez a décidé, à 84 ans révolus, de tourner toute l’année 2019 (au moins) sous le signe de cet anniversaire mémorable. En France comme en Espagne ou en Amérique latine, à commencer bien sûr par « la capitale mondiale de la chanson » : le 24 janvier dernier (un mois pile avant la journée en hommage aux Républicains espagnols…), avec ses « rubans » mélodiques « autour de l’alphabet », ses chansons qui incarnent la résistance à l’inhumanité, il mettait « des couleurs sur le gris des pavés » parisiens.

Casino de Paris archicomble – comme toujours avec Paco en France et ailleurs. Sur scène, autour du « héraut du cercle des poètes disparus », devenu une véritable légende vivante et l’incarnation des valeurs humanistes, Mario Mas à la guitare, Cesar Stroscio au bandonéon et François Rabbath au violoncelle… La soirée est dédiée à ses parents et à la France, « le pays qui a accueilli toute la famille après la guerre civile », ainsi qu’à la République espagnole. La boucle allait d’ailleurs être bouclée avec l’incontournable A galopar. En fond de scène, une toile projetée sur un grand écran évoquait un cheval stylisé dans un décor aux couleurs de la République : rouge, jaune, violet : Cavale… « jusqu’à les enfouir dans la mer » !

 

Mais avant cela, il fallait expliquer au public le pourquoi de ce cinquantième anniversaire. Toujours disert, spontané, naturel et drôle, le voilà qui raconte toute l’histoire : « Il y a un responsable qui s’appelle Jean-Michel Boris… On m’avait demandé de chanter à la Sorbonne à l’occasion du premier anniversaire de Mai 68, cette révolte de la jeunesse française qui allait s’étendre au monde entier. Le concert était prévu à l’amphithéâtre Richelieu mais la salle a vite débordé de monde, si bien qu’on a dû s’installer dans la cour, avec près de quatre mille personnes… En voyant cette ambiance, Jean-Michel Boris qui s’était déplacé tout exprès, est venu me trouver à la fin pour me proposer de passer à L’Olympia dont il était le directeur artistique. Ça m’a fait un choc, car L’Olympia, pour moi, c’était d’abord et avant tout Georges Brassens, le plus grand troubadour au monde de tous les temps, que j’avais vu dans cette salle pas mal d’années auparavant, vers 1956 je crois… C’est donc à cause de Jean-Michel Boris si je suis ici ce soir… et vous aussi par la même occasion ! »

Rires, sourires puis applaudissements nourris. Et moi, ravi en mon for intérieur d’être en compagnie du « fautif », puisque nous étions venus ensemble… Au-delà du concert, au cocktail toujours aussi savoureux de poésie vitale « comme le pain quotidien », de mélodies éternelles et d’un humour dont Paco ne se départit jamais pour présenter son répertoire ou commenter l’actualité, coups de griffes ou de gueule non exclus, j’ai vécu ce soir-là un moment personnel des plus émouvants. Je l’ai dit à Jean-Michel : c’était très-très fort d’être là, avec lui, côte à côte, cinquante ans après ! Cinquante ans après L’Olympia, où j’étais simplement un de plus au milieu de la foule. Paco : « La jeunesse avait beaucoup de choses à dire, à penser, à exprimer et je crois que cela se ressent encore à l’écoute de l’enregistrement du concert… »

Trois heures environ et un triomphe (supplémentaire) plus tard, nous étions ensemble dans sa loge. Deux grands jeunes hommes par le cœur et l’esprit de 84 et 86 ans, dont je suis fier d’être l’ami depuis longtemps, si longtemps déjà…  Jean-Michel : « Tu sais, Paco, c’est la seule fois de l’histoire de L’Olympia où le public s’est installé sur scène autour de l’artiste*. On était débordés par cette multitude enthousiaste qui voulait absolument rentrer alors que la salle était déjà pleine comme un œuf**… Quelle ambiance ! Mais c’était formidable de voir tous ces gens assis autour de toi… » Moi : « C’est dommage, tu n’as pas songé à demander au public s’il y avait des gens, ce soir, qui étaient aussi à L’Olympia en 69… » Jean-Michel : « C’est vrai, si ça se trouve il n’y en avait pas un seul… » Mais Paco, dans un grand sourire complice, de lâcher : « Ah non ! J’en connais au moins trois : Jean-Michel, qui était en coulisses, moi sur scène et toi dans la salle. Trois survivants ! » [rires]

Comme disait Léo Ferré, rendez-vous dans dix mille ans.

________

*En aparté, Jean-Michel nous précisera que Gilbert Bécaud avait également fait monter du public sur scène, mais dans le cadre de son spectacle, alors qu’avec Paco c’était la seule façon de permettre à deux ou trois cents personnes de plus d’assister au récital. Aux premières loges, pour le coup ! – **À propos du public de l’Olympia, Paco se souvenait de sa mère en coulisses lui disant malicieusement : « Pfff, tous ces gens, sans moi, ils ne seraient pas ici… et toi non plus ! »

NB. Après le Casino de Paris, Paco a chanté à Toulouse, à Madrid, à Barcelone (au célèbre Palau de la Musica), et il se produira ce samedi 16 mars au Cap d’Agde (Palais des Congrès). Suivront Madrid, à nouveau, le 19, Valencia le 25 (au Théâtre Olympia !), Cadix le 10 mai, etc. Voir son site A flor de tiempo pour le détail de sa « Tournée 2019-2021 ». La vidéo ci-dessus a été réalisée à l’occasion des 84 ans de Paco en novembre dernier, avec 84 images de parents, amis et personnalités qui ont compté dans sa vie.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Daniel Dion 16/03/2019 19:21

Merci Fred, J'avais acheté le CD de Cali, et n'avait pas été déçu. Je connais les chansons de Paco, qui est un immense artiste, mais grâce à toi, j'ai découvert ce qu'il a fait pour Léo en Espagne. Formidable ! Merci infiniment pour ce blog qui est intéressant et enrichissant.

Ernest DMITRIEFF 15/03/2019 16:06

‎Ernest Dmitrieff‎ à SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
28 octobre 2018 ·
L' autre soir au Théatre Toursky à Marseille, l'ombre de Léo Ferré rodait dans les coulisses. Quoiqu'en disent les esprits chagrins, Cali qui chantait les textes et musiques de Léo, Cali donc s'en tirait plus que bien. Totalement investi dans ses chansons, il les vivait, les recréait, les partageait avec le public.
A la fois humble et respectueux il a réussi à entrainer la salle dans son retour aux sources, réussi aussi à nous les faire redécouvrir, il était chanteur, créateur, petit garçon respectueux et passeur d'émotion.
Merci à lui pour le quart d'heure de larmes et d'émotion en sortant de scène. Merci pour les larmes que l'on devinait dans les yeux de bien des spectateurs. Un grand moment.
4Marion Crepet et 3 autres personnes
J’aime
Afficher plus de réactions
Commenter
Partager

marlene 15/03/2019 15:05

Comme toujours parfaitement documenté votre blog et on en apprend des choses !
Alors un grand merci et amitiés

Fred Hidalgo 15/03/2019 16:05

Quand on aime, on ne compte pas, au contraire on partage !
Merci Marlène.