Profil

  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Le blog de Fred Hidalgo

Présentation

  • : Le blog de Fred Hidalgo
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…

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Mardi 3 avril 2012 2 03 /04 /Avr /2012 17:39

Quand je serai vieux, je serai insupportable…

 

Polynésie française, archipel des Marquises, île d’Hiva Oa, commune d’Atuona : dans la petite case où, par manque de brise, il vit en l’attente de s’installer vraiment chez lui, sur les hauteurs accueillant « quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin », Jacques Brel avance (laborieusement) dans l’écriture et la composition de ses nouvelles chansons. Ce sont d’abord des bribes, en cours de création, dont profitent les oreilles du voisinage (et jusqu’aux sœurs, au milieu du village) ; puis des esquisses plus ou moins abouties, enregistrées sur son magnéto à bandes, qu’il fait écouter, timidement et avec un brin d’anxiété, le soir à ses invités…  

 

Atuona-copie-1.jpg

 

Premier semestre 1977 : débarrassé du souci de son bateau, Jacques peut donner libre cours à sa passion autrement plus forte et irréversible pour l’avion, qui l’attend chaque jour ou presque sur le petit terrain au-dessus d’Atuona. « Quel que soit le temps, rappelle Serge Lecordier (beau-frère du maire d’Atuona, Guy Rauzy, à cette époque-là), dans la plus pure tradition de l’Aéropostale, il s’envolait, indifférent aux imprévisibles tempêtes du Pacifique ; l’un de ses plaisirs favoris étant d’aller se poser sur Ua Pou [pour y déposer et prendre le courrier], sur une piste excessivement dangereuse. Il s’agit d’un terrain improvisé, sans balisage, avec la montagne devant et sur les côtés ! De plus le terrain est en pente et légèrement courbé en bout ! Si on rate la manœuvre il est impossible de se représenter : “Je me flanque la trouille !” disait-il en décollant et en atterrissant à Ua Pou. »

 

 

Jacques et son Jojo ! À Hiva Oa, les souvenirs sont nombreux qui restent vivaces, pittoresques ou prosaïques. Sœur Rose, directrice de l’école et du collège Sainte-Anne : « Avec son avion, il allait s’approvisionner à Papeete, chercher des légumes, etc., et la première fois il nous a spontanément demandé si on voulait qu’il nous rapporte quelque chose. Je lui ai dit : “Je voudrais bien un beau fromage”. À son retour, malgré la fatigue du voyage, il est venu aussitôt nous apporter un très gros fromage. Au lieu d’aller décharger ses provisions chez lui, il est venu d’abord à l’école. Cela m’a beaucoup touchée. C’était sa sensibilité... »

Le matin, cependant, demeure réservé en priorité à l’écriture de ses nouvelles chansons. Encore qu’il ne s’astreigne pas à une discipline trop rigoureuse. Quand des amis passent à l’improviste, il délaisse sa guitare ou quitte son orgue et leur offre une coupe de champagne : « Ça me fera une récréation, dit-il ; ainsi j’aurais une excuse pour ne pas travailler aujourd’hui… » À vrai dire, ils ne sont pas nombreux dans ce cas, car on l’entend chanter à la ronde : on sait alors qu’il est en plein travail et on s’abstient généralement de le déranger. « On l’entendait chanter même de notre maison », confirme le fils de Matira, la femme de chambre qui habite plus haut dans le chemin. Curiosité : lorsqu’une chanson de Jacques était diffusée à la radio, il chantait en même temps ! « Ça, j’en ai été le témoin… » assure-t-il (cf. La Valse à mille rêves, op. cit.). L’anecdote est d’autant plus éloquente que Brel n’a pas un seul disque de lui à domicile (ni aucune photo de scène)…

 

vue_depuis_maison.jpg

 

Très peu de chanson au demeurant (hormis quelques enregistrements des artistes qu’il estime ou admire, des cassettes qu’il avait à bord de l’Askoy), surtout du classique, mais aucun de ses propres albums. Depuis l’anniversaire de la mort de Jojo, il n’en a pas moins pris la décision de se remettre sérieusement à la tâche et passe donc de longues heures à improviser sur l’orgue qu’il a fait venir de Papeete – pour le plus grand plaisir des Marquisiens, rappelle Maddly, émerveillés par les capacités de l’instrument, par sa boîte à rythmes en particulier.

Certains auteurs-compositeurs écrivent d’abord le texte ou d’abord la musique. Jacques Brel n’a pas vraiment de règle stricte, du moins dans cette nouvelle vie aux Marquises. S’il jette sans cesse des idées, des bouts de phrases sur le papier, sur des cahiers d’écolier (voire des feuilles volantes comme chez Paul-Robert Thomas, l’automne précédent à Tahiti, où il n’a pas manqué non plus de tâter du piano), dans son bureau d’Atuona il travaille paroles et musique en même temps, chantonnant et jouant à la fois. « Quelquefois il y a une musique qui me révèle des choses, qui me donne une ambiance, un caractère. Ici, je me mets à l’orgue et je joue. J’improvise, j’enregistre et puis j’écoute mille fois. Mais plus souvent et même presque toujours, c’est le texte ; et presque simultanément, la musique. » À l’orgue ou à la guitare mais pas indistinctement : « La guitare ne donne pas les mêmes envies que l’orgue ou même que le piano, explique-t-il un soir à ses invités. Alors il y a des chansons que j’écris entièrement à la guitare, d’autres à l’orgue ; et je sais que parmi celles que je vais écrire, il va me falloir les terminer au piano avec mon pianiste… »  

 

 

Maddly Bamy, qui a recueilli ces mots de Jacques (cf. Tu leur diras, op. cit.), assure qu’il a commencé à penser à de nouvelles chansons lors de vacances aux Antilles en 1972-73 (rappelons qu’ils se sont connus en novembre 1971). Son ami et ancien imprésario Charley Marouani assure, quant à lui, « en toute modestie n’avoir pas été étranger à ce retour » en chansons. « Lorsqu’il a découvert son cancer, raconte-t-il dans son livre de souvenirs (Une vie en coulisses, op. cit.), je l’ai beaucoup encouragé à écrire, à continuer de travailler afin qu’il s’occupe l’esprit et qu’il ne s’étiole pas. Je pensais que c’était vraiment essentiel, vital. » En février, Jacques lui annonce qu’il a quatre chansons en cours… dont aucune ne le satisfait : « Je travaille beaucoup, et je vole aussi pas mal, mais je n’ai pas encore une chanson vraiment bonne. » Ce qui ne l’empêchera pas, comme le relève Marouani, d’en compter jusqu’à dix-sept, six mois plus tard ! Et ce n’était sans doute qu’un début, l’artiste, on l’a vu (cf. « Brel-9 »), ayant le projet manifeste d’enregistrer au moins un autre album. « Il sentait grandir son inspiration, confirme Maddly, et pensait pouvoir développer une trentaine de sujets au moins. »

Est-ce à cause, aussi, de cette soudaine fièvre d’inspiration ? Toujours est-il qu’à ce moment-là, début 77, Jacques va « oublier » de regagner l’Europe pour son suivi médical. Le précédent, en juin 76 en Belgique, avait confirmé l’absence de récidive. Il refuse, dit-il à sa Doudou, de vivre au rythme de ces visites semestrielles, comme une épée de Damoclès prête à fondre sur lui. Alors, à son arrivée en mars à Hiva Oa, où il a répondu à l’invitation de Jacques, Arthur Gélin (l’ami médecin de Bruxelles) lui suggère de se rendre au moins à Los Angeles, à mi-chemin entre Tahiti et Paris. Peine perdue, notre homme étant têtu comme un Breton (à propos, sait-on que sa chanson Les Flamandes aurait dû s’appeler Les Bretonnes ? Ce fut simplement la sonorité du mot – en particulier dans la répétition de la première syllabe : « les Fla, les fla, les Flamandes », ç’a quand même une autre allure que « Les Bre, les Bre, les Bretonnes » ! – qui poussa l’auteur à se rabattre sur les dames du Plat Pays, mais oui !). En revanche, il accepte d’aller consulter quelque temps plus tard à Papeete… et c’est à cette occasion que, retrouvant l’animateur de radio Jean-Michel Deligny, celui-ci prendra la série de photos dont sera tiré le portrait figurant dans la pochette du futur album, le doigt sur la bouche (voir « Brel-7 »).

 

CD_Marquises.jpg

 

La pochette de l’album ! Son histoire, elle aussi, vaut d’être contée. On l’a déjà évoquée ici ou là, mais nous l’avons recoupée tout récemment auprès d’Alain Marouani, l’un des photographes éminents du monde de la chanson (et cousin de Charley) qui travaillait alors pour la maison Barclay (on lui doit notamment la superbe série de Léo Ferré réalisée en Toscane pour une réédition de son œuvre en 33 tours). Jacques avait une idée bien arrêtée. Il avait demandé à Eddie Barclay une pochette on ne peut plus sobre, en noir et blanc, avec simplement son nom en rouge. Alain Marouani se souvient de la réunion de travail, à l’époque de l’enregistrement, entre Barclay, Brel et lui : « Eddie a montré à Jacques la maquette qui correspondait à sa demande, en lui disant que c’était peut-être un peu déprimant… mais que j’avais eu une autre idée. Et là, j’ai sorti mon projet de ciel bleu, empli de nuages… Jacques a convenu de sa pertinence et a dit banco ! »

Reste à réaliser le document définitif avant son retour aux Marquises et c’est à Genève, semble-t-il, où Brel est allé retrouver son ami Jean Liardon, l’instructeur qui l’a initié en 1970 au vol aux instruments, qu’il le reçoit. Avec les crédits d’usage, en particulier les noms des principaux collaborateurs : François Rauber aux arrangements et à la direction d’orchestre (Jacques Brel a toujours enregistré dans les conditions du direct), Gérard Jouannest au piano, Marcel Azzola à l’accordéon, le fidèle Gerhardt Lehner à la prise de son, et puis les deux photographes, Jean-Michel Deligny et Alain Marouani. L’ensemble lui convenant, il écrit à Eddie Barclay pour lui signifier son accord, à deux réserves près. La première : écrire les prénoms en toutes lettres et pas seulement leur initiale, comme c’est le cas dans ce document. Quant à la seconde, c’est Alain Marouani qui nous la rapporte : « Eddie Barclay m’avait demandé de passer le voir et il m’a montré la lettre de Jacques Brel qui comportait un mot me concernant, ou plutôt la photo du ciel que j’avais prise pour la pochette. “Dis à Marouani qu’on ne signe pas le ciel ! » Du Brel tout craché ! [rire] Mais on l’avait échappé belle en évitant son idée mortuaire en noir et blanc… »

 

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Parmi les quatre premières chansons auxquelles Jacques s’est attelé, encore au rang de brouillon quand il écrit en février 1977 à Charley Marouani, se trouvaient certainement La ville s’endormait, Les F… et Jojo. La première, parce que Maddly se souvient en avoir entendu des bribes pendant la traversée du Pacifique (« C’est ainsi que j’entendis, pour la première fois, l’histoire de cette ville dont il avait oublié le nom, tandis qu’il nous préparait un feuilleté au roquefort… – Qu’est-ce que c’est ? avais-je demandé. – Un vieux truc, répondit-il, ça te plaît ?... Alors tu devrais le noter. Et j’allais chercher un carnet pour noter ces quelques phrases. »). En outre, Madou, la mère de Maddly – que celle-ci et Jacques étaient allés chercher en début d’année à Tahiti, en provenance de Guadeloupe – séjournait chez eux au moment où l’auteur-compositeur travaillait à cette chanson ; spontanément, elle lui avoua un jour qu’elle l’aimait beaucoup, ce qui, précise Maddly, « le remplit de joie » au point de lui dédier ce titre : « Maintenant, dit-il, c’est SA ville… » (Tu leur diras, op. cit.)

On comprend d’autant mieux cette réaction, lorsqu’on se remet dans le contexte. Sa carrière durant, Jacques Brel avait toujours eu un public pour mesurer l’impact de ses chansons, au fur et à mesure qu’il les écrivait. D’abord Jojo et ses musiciens, Jean Corti, Gérard Jouannest et/ou François Rauber (ce dernier ayant demandé à son collègue, quand les tournées sont devenues trop prenantes, de le remplacer au piano, se réservant dès lors le travail d’arrangeur, de studio et la direction d’orchestre quand Brel passait dans de grandes salles), avec lesquels il voyageait en voiture d’une ville à l’autre. rivierePuis les spectateurs eux-mêmes, auxquels il offrait souvent une chanson nouvelle, finalisée le jour même et mise en forme, pendant la balance, juste avant le récital ! Une méthode qui lui permettait ensuite d’entrer en studio pour enregistrer des chansons certes inédites en album mais largement éprouvées en scène (où il avait tout loisir, au besoin, de les peaufiner jour après jour, selon la façon dont elles étaient reçues par le public).

À Hiva Oa, bien sûr, rien de tout cela : rien que les gens du village pour l’entendre et apporter d’éventuels commentaires, mais qui, pour la plupart, ne possèdent qu’un seul repère en matière de chanson française : Tino Rossi ! « S’ils ne chantent pas du Tino Rossi, ils chantent des chants religieux, catholiques ou protestants. […] De Tino Rossi, c’est le seul dont on puisse dire qu’il a eu plus de monde que le général de Gaulle en Polynésie. Ils chantent tous comme Tino. […] Tu vois de gros gaillards de deux cents kilos chanter comme Tino. Et moi, quand ils me connaissent, c’est moins bien que Tino. Ce n’est pas du tout leur style, mais pas du tout. » Alors, quand quelqu’un de passage, comme Madou Bamy, exprime spontanément son plaisir à l’écoute d’une chanson en gestation, oui, on comprend que Brel y soit sensible.

Tout seul dans son bureau, Jacques se demande sans cesse ce que Jouannest et Rauber penseraient de son travail en cours, neuf ans après son précédent album original. Certains jours, rappelle Maddly, se passaient à écouter et réécouter le travail des jours précédents, « afin de se corriger :Après onze ans (lui fait-elle dire à tort, puisque le disque de J’arrive, Vesoul, etc., est sorti en septembre 1968), c’est difficile de savoir.” »  (Tu leur diras, op. cit.) Cela explique aussi le fait que, ce premier semestre 77, lorsqu’il avait des pilotes d’Air Polynésie à sa table, le lundi soir (après une longue journée de vol et une demi-douzaine de décollages et d’atterrissages depuis Tahiti), il faisait souvent écouter ses chansons enregistrées sur bandes. Il était en manque, en demande d’avis. Maddly : « Jacques, avec une infinie précaution, conviait ses invités à les écouter. Ça commençait toujours ainsi : “Il ne faut pas que cela vous ennuie, nous ne sommes pas là pour nous emmerder.” C’était tout simplement parce qu’il était inquiet de tout ce que l’on aurait pu lui dire et il parait aux coups. Il ajoutait : “L’autre semaine, j’ai fait écouter Jojo à un de vos collègues et il m’a dit qu’il était indécent de dire ‘je t’aime encore’ à un homme. Ça ne se dit pas, à son avis. Je n’ai pas bien compris. Ce n’est pas uniquement homosexuel quand deux hommes disent qu’ils s’aiment. Got ! La tendresse ! La tendresse ! »

 

Avec_Jojo.jpg

 

On le sait, c’est l’idée de rendre hommage à son fidèle Georges Pasquier qui a tout déclenché. Et c’est donc la première chanson à laquelle il s’est attaqué, non sans difficulté et bien des tâtonnements… J’y reviendrai peut-être... une autre fois. Commencée en septembre 76, elle ne le satisfait toujours pas six mois plus tard, à en juger par son mot à Charley (« Je n’ai pas encore une chanson vraiment bonne... »). En début d’année pourtant, les conditions pour qu’il écrive enfin dans la sérénité semblent réunies : Jacques n’a plus à se soucier de l’Askoy (voir « Brel-10 ») qu’il voyait chaque jour patienter au rythme de la houle, alors qu’il avait pris la décision de ne plus naviguer ; le Jojo est à disposition dans un petit hangar de l’aérodrome (il lui arrivera de transporter, toujours bénévolement, des habitants du village jusqu’à Nuku Hiva à raison de trois allers-retours quotidiens !) ; surtout, « tranquillisé par nos nouvelles dispositions », explique Maddly, Jacques se familiarisait avec son orgue, sa guitare : « Il voulait à tout prix finir Jojo, car c’est elle qui allait ouvrir l’espace à d’autres chansons. Il le sentait ainsi. »

Il veut absolument finir Jojo, mais il ne trouve pas le bon angle, il tâtonne, il s’agace, alors il passe à autre chose. Aux F…, tiens, qui lui ont mené la vie dure ! Et même s’il vit aux antipodes de Bruges, il ne fait pas dans la dentelle… Signe que cette chanson est singulière, c’est la première et la seule de tout son répertoire pour laquelle il va prendre une musique préexistante ! Une musique de « Joe » Donato – en fait João Donato, un grand pianiste et compositeur brésilien, et non américain comme on l’a écrit ici ou là –, intitulée A Rã (The Frog). L’aurait-il appréciée – lui qui a toujours composé ses musiques, seul ou avec ses musiciens (Corti, Jouannest et Rauber) – au point d’en faire une exception ? soeur roseC’est probablement tout le contraire : entrée par effraction dans sa tête – il l’entendait du soir au matin comme on « matraque » un tube à la radio –, Jacques ne devait plus la supporter.

Maddly l’utilisait en effet (de façon d’ailleurs tronquée) pour une chorégraphie destinée aux élèves de Sainte-Anne… De là à penser qu’il ait vu l’occasion de se venger doublement de personnages qu’il exécrait en les associant à une musique qui lui était elle-même devenue insupportable, il n’y a qu’un pas. Même pas l’épaisseur d’un papier à cigarette pour cet ex-fumeur invétéré (plusieurs paquets par jour) qui avait arrêté net, et de façon définitive, la veille de son opération. À ce sujet, raconte Sœur Rose, « la première fois que je l’ai rencontré, tout simple, il m’a dit : “Vous savez, ici, les femmes fument trop !” et je lui ai répondu : “Ça serait bien de venir sensibiliser les jeunes là-dessus”... »

 

 

Vieille histoire, déjà, que cette affaire de « flamingants » et de reproches « belgiens » à son encontre ! Dix ans plus tôt, en 1967 dans La… La… La…, n’écrivait-il pas : « Quand je serai vieux, je serai insupportable / Sauf pour mon lit et mon maigre passé / […] J’habiterai une quelconque Belgique / Qui m’insultera tout autant que maintenant / Quand je lui chanterai Vive la République / Vive les Belgiens, merde pour les flamingants » ? Où l’on se rend compte que, dans son répertoire, Jacques Brel a de la suite dans les idées. Chez lui, une chanson en amène une autre, même longtemps après. Comme une histoire qui évolue avec le temps, un récit qui se prolonge et prend davantage d’ampleur… ou bien bifurque dans une direction inattendue. Parfois, ce sont simplement des formules qui reviennent, tenaces ou avec des variantes, et qui, au bout du compte, par l’effet de répétition, donnent l’impression d’une certaine connivence, comme d’être placé dans la confidence… Et l’on se sent sinon impliqué soi-même, en tout cas beaucoup plus proche du narrateur. De la haute voltige d’écriture et d’inspiration qui donne à l’œuvre une formidable cohérence ; tout en contribuant à créer chez l’auditeur une étonnante résonance…

[À SUIVRE : avant-dernier épisode]

__________ 

« SUR LES TRACES DE JACQUES BREL », texte et photos (sauf mentions contraires) de Fred et Mauricette Hidalgo ; rappel des chapitres précédents : 1. Le Voyage aux Marquises (18 novembre 2011) ; 2. Sa nouvelle adresse (26 novembre) ; 3. Si t’as été à Tahiti… (3 décembre) ; 4. Touchez pas à la mer ! (8 décembre) ; 5. Aux Marquises, le temps s’immobilise (13 décembre) ; 6. Si tu étais le bon Dieu… (9 janvier 2012) ; 7. De l’aube claire jusqu’à la fin du jour (29 janvier) ; 8. Et nous voilà, ce soir… (20 février) ; 9. Je chante, persiste et signe… (25 mars) ; 10. Jean de Bruges et « Le voilier de Jacques » (29 mars).

Publié dans : Reportages - Par Fred Hidalgo
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