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  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
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Mardi 2 décembre 2014 2 02 /12 /Déc /2014 19:45

« Ça manque un peu de verbe aimer… »


Après quelques milliers de feuillets publiés aux quatre vents de la chanson, je m’étais juré (et l’avais annoncé publiquement) de ne plus écrire de critiques de disques… et je vais donc m’y tenir. Pour autant, votre serviteur n’en reste pas moins un amoureux transi de la chanson, ouvert ô combien ! aux coups de foudre et de cœur… et le dernier en date, impossible à conserver par-devers soi, s’appelle Stratégie de l’inespoir, œuvre d’un certain Hubert-Félix Thiéfaine.  

  CD-HFT.jpg  

Il fut un temps, ici même, où je m’efforçais d’aligner les chroniques de disques à la chaîne (parfois plus d’une dizaine par sujet), histoire de combler (aussi peu que ce fût) un manque véritable de débouchés médiatiques pour les artistes. C’était, il est vrai, dans les deux ou trois années suivant la disparition aussi brutale qu’improbable des « Cahiers de la chanson » et de la « petite mort » personnelle qui s’en était suivie. Le temps a passé, Chorus n’a certes pas été remplacé, mais les sites et les blogs se sont multipliés, à charge pour l’amateur de chanson de savoir trier en l’espèce le bon grain de l’ivraie. Bref, je n’écris plus de chronique ou de critique d’album, c’est comme vous voulez, mais cela ne m’empêche pas de continuer à vivre (…debout) et, donc, à partager mon enthousiasme au coup par coup.
  

 

Et pour le coup, le nouvel album d’Hubert-Félix Thiéfaine est un must en la matière ! Il semble pourtant si désespéré… À commencer par son titre, Stratégie de l’inespoir… Mais primo, on le sait depuis Léo Ferré et même avant, les chants les plus beaux sont les chants désespérés. Et secundo, Thiéfaine, notre Albatros de la chanson, notre chanteur aux semelles de vent, ne fait rien comme personne, se permettant en l’occurrence de sortir un album dont le titre (figurant seulement sur la tranche) est biffé, barré d’un trait éloquent… sauf peut-être pour cette caste « médiocratique » qu’il y fustige.
   

HFT2.jpg

Dans Résilience zéro, notre homme écrit ceci : « Au commencement était le verbe / intransitif et déroutant / Venu des profondeurs acerbes / Et noires des garderies d’enfants… » Il y parle des secrets, des tourments et des rêves d’enfant… que je crois partager avec lui pour une part essentielle, celle des secrets et des tourments. Question rêves, heureusement, outre la littérature, la chanson était là, déjà, pour nous laisser espérer d’autres lendemains qui, eux, chanteraient peut-être. Quelque vingt ans plus tard, Hubert sortait son premier album, Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir… C’était en 1978 et, résidant alors, « Horreur Harrar Arthur », en plein pays afar, deux ans avant la création de Paroles et Musique, je profitais d’un séjour parisien pour me le procurer… par hasard. Bonne pioche ! En mars 1981, enthousiaste, je découvrais pour la première fois l’énergumène sur scène. C’était à la Gaîté-Montparnasse, un petit théâtre parisien.  

 

 

Suivraient alors un premier « papier » dans le numéro (11) de juin de Paroles et Musique sous un titre bien théfainien (vous avez dit nietzchéen ?) : « Si j’étais Dieu, je ne croirais pas en moi ! »,couv-PM-HFT-copie-3.jpg lui-même suivi de nombreux dossiers et articles, tant dans « le mensuel de la chanson vivante » que dans « les Cahiers de la chanson » qui lui succédèrent, durant les décennies 80, 90 et 2000. Avec le bonheur entre-temps d’être l’éditeur et directeur d’ouvrage de la monographie Hubert-Félix Thiéfaine, signée Pascale Bigot et parue chez Seghers (collection « Poésie et Chansons ») en 1988, puis de Jours d’orage, sa première biographie, œuvre de Jean Théfaine, publiée en 2005 dans notre « Département chanson Chorus/Fayard », et rééditée en 2011 dans une version revue et augmentée – première biographie et surtout ouvrage de référence, tant Hubert s’était livré à son presque homonyme (ce qui semblait a priori inenvisageable non seulement à ses proches et à son entourage professionnel mais à l’intéressé lui-même !) au long d’un long processus d’accouchement...
        

jean-et-Hubert.jpg

Mon ami, notre ami Jean Théfaine n’est plus là pour découvrir ce nouveau chapitre de la saga thiéfainienne, mais je sais combien il l’aurait apprécié. Et combien nous en aurions parlé ensemble. On aurait d’abord noté que deux des douze chansons seulement de cet opus XVII (non compris les albums en public) sont entièrement signées, paroles et musique, de notre héraut nietzchéen de la chanson : En remontant le fleuve et Karaganda (Camp 99). La première est « hénaurme », qui n’est certes pas l’œuvre d’un perdreau de l’année : « En remontant le fleuve au-delà des rapides / Au-delà des clameurs et des foules insipides / […] Nous conduisons nos âmes aux frontières du chaos / Vers la clarté confuse de notre ultime écho... » La seconde, portée par un rock lourd et sourd est bouleversante : « Fantômes aux danses astrales, aux rhapsodiques pleurs / Visages camés bleuis graffités par la peur / Qui marchent lentement vers l’incinérateur / Vers la métallurgie des génies prédateurs / C’est l’histoire assassine qui rougit sous nos pas / […] C’est le cri des enfants morts à Karaganda… »  
  

 

Avec Jean Théfaine, on rivaliserait de citations de l’auteur – de l’auteur oui, pas du parolier : nuance de taille, qui distingue le faiseur du créateur. Famille Ferré bien sûr, même si c’est plus dans l’esprit que dans la forme. Quand il s’attaque à la chanson d’amour, par exemple, voilà ce que ça donne : « Flamboyante ivresse de mes jours / Fulgurante Astrée de mes nuits / Délicieuse hôtesse au long cours / Qui m’éclaire et qui m’éblouit / Déesse de mes gravures anciennes / Fille de mes équations païennes / Ange quantique et démon fatal / De mes lubies sentimentales… » À l’inverse, d’un amour en bout de course voici ce qu’il écrit : « La rouille fait grincer les couleurs / Dans le matin à contre-jour / Nos regards en apesanteur / Fixent le point de non-retour / La rouille fait grincer les couleurs / Et bloque les issues de secours… »

Pas de quoi s’étonner que toutes ces chansons soient introduites par des citations de Paul Celan, Charles Trenet (eh oui !), Pétrarque, Sartre, Léon-Paul Fargue, Proust, Lucrèce, Céline ou Garcia Lorca. Quand il évoque celui-ci, la solitude et l’accélération du temps, on salue bien bas : « Trafiquant de réminiscences / Volées à des foules amnésiques / J’ai longtemps laissé ma conscience / Vagabonder sur sa musique / […] Je me souviens d’étoiles filantes / Distordues dans les galaxies / D’où j’appelais l’horloge parlante / Pour avoir de la compagnie… » (Toboggan). Joueur de blues, de rock et de mots, Thiéfaine s’offre même le plaisir d’un voyage au bout du verbe avec un Retour àCélingrad !  

 

 

Qui donc ? Qui d’autre que Thiéfaine pour nous offrir aujourd’hui de telles fulgurances d’écriture ? Les connaisseurs citeront d’autres noms, bien sûr… et j’ajouterais moi-même volontiers un Manset, un Pascal Mathieu ou un Vasca, comme un Souchon à sa façon. J’aurais aimé débattre aussi avec mon ami Jean de ce glissement progressif d’Hubert-Félix d’une écriture purement surréaliste, sinon automatique, à une expression plus déterminée, livre-copie-2.jpgau service de l’idée et du sentiment, veux-je dire, plus qu’au nom de l’art pour l’art. En d’autres mots, Thiéfaine utilise désormais tout son savoir-faire au service du faire savoir, de la signifiance. Je ne dis pas que cet album est autobiographique, mais il parle spécialement à qui connaît un peu Hubert et ses fêlures (anciennes ou toutes récentes), il parle de lui et ce faisant parle de nous (enfin, de certains d’entre nous) comme rarement.

D’ailleurs, c’est bien de lui et de son fils Lucas qu’il parle, en bonus de Stratégie de l’inespoir, quand il adapte Father and Song, une chanson de Cat Stevens : « Quand on veut faire de sa vie / Un enjeu ou un paradis / Faut garder ses rêves de môme / Jusqu’au dernier cri. » Lucas, Hubert-Félix, passage de témoin en cours… Qui rend d’autant plus éloquent, a posteriori, le témoignage de Lucas, 21 ans aujourd’hui, que Jean Théfaine avait tenu à recueillir et à publier tel quel, à la première personne, en pages 404-406 de son Jours d’orage revu et augmenté…
  

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Ici, Lucas Thiéfaine n’est pas seulement aux guitares (très présentes), aux côtés du génial Alice Botté, il est aussi aux arrangements et à la réalisation de l’album, conjointement avec Dominique Ledudal. Peu de musiciens au demeurant mais assez, et bien utilisés surtout, pour emplir l’espace comme s’il s’agissait d’un orchestre symphonique : outre les précités aux guitares, il y a Christopher Board au piano, Marc Perier à la basse, Frédéric Scamps au minimoog, et Bruce Cherbit à la batterie et aux percussions. Tandis que Vincent Segal au violon cello et Marc Apap au violon alto prêtent leur concours pour les deux chansons atypiques du disque : Mytilène Island et Père et fils (que, petit plaisir personnel, je nous offre ici dans sa version originale).

  

 

Avec l’ami Théfaine, biographe de Thiéfaine et membre du comité de rédaction de Chorus de sa création à son tout dernier numéro, on relèverait que la tendance musicale de ces dernières années, amorcée surtout avec Scandale mélancolique (l’avant-dernier album, en 2005, avant Suppléments de mensonge en 2011), se poursuit ici à travers la collaboration d’une dizaine de compositeurs : Yan Péchin (pour Angelus, une chanson – les thiéfainiens apprécieront – tirée de son « fameux » album inédit Itinéraire d’un naufragé…), Arman Méliès (pour Fenêtre sur désert et Résilience zéro), Jean-François Péculier (pour Stratégie de l’inespoir), Cali (pour Lubies sentimentales), JP Nataf (pour Amour désaffecté), Mathieu Monnaert (pour Médiocratie), Julien Perez (pour Retour à Célingrad), Christopher Board (pour Toboggan), et puis… Fred-et-Jean-copie-3.jpgl’inattendue mais bienvenue Jeanne Cherhal pour Mytilène Island, une tendre balade où l’auteur, semblant se souvenir des scènes les plus troublantes de La Vie d’Adèle, se fait chanteur sans filet… Risque-tout, veux-je dire, car question filet de voix, il y a déjà longtemps qu’on sait, plus précisément depuis sa tournée en guitare-voix, que Thiéfaine est un grand interprète.

En résumé en conclusion, dirait-on de concert, Jean Théfaine et moi, un album aussi admirable dans l’écriture que celle-ci est épurée (pas un mot de trop, « ciselée au cordeau », ajouterait Jean…) ; un album musicalement dominé par la marque rock de fabrique de l’artiste (quoique de plus en plus blues-rock à l’approche, semble-t-il, du « toboggan »…), mais très contrasté car ne craignant pas (ou plus) de faire le grand écart, avec des tonalités musicales très différentes d’un titre à l’autre ; un album enfin où la voix et le chant sont plus beaux et affirmés que jamais, bien en avant de l’orchestration.  

 

  

Pour illustrer tout ce qui précède, sur la « signifiance », sur l’engagement personnel de l’auteur, voici en quelque sorte la morale (aïe, il ne va pas aimer ce mot !) de cet opus XVII chargé d’amour et de souffrance, de noirceur et d’inespoir – d’espoir en creux, optimiste mais lucide, autrement dit (merci Grand Jacques !) « désespéré mais avec élégance »… Un constat, disons plutôt, tout d’empathie et de « désabusion » (salut Nino !). Cela s’appelle Médiocratie :

…au rayon philosophie
On est restés chez Démocrite
On joue les chasseurs d’arc-en-ciel
Meublés chez Stark & compagnie
Mais on sort d’un vieux logiciel
Made in Néanderthal-City…
Médiocratie… médiacrité !
Frères humains dans nos quartiers
Ça manque un peu d’humanité
Médiocratie… médiacrité !
Ça manque un peu de verbe aimer
De respect, de fraternité
Médiocratie… médiacrité !
  

 

Voilà. C’était ma première non-critique de disque. Bien de circonstance du reste, eu égard à un album au titre barré, sur la pochette duquel le chanteur apparaît le regard occulté… Comme dirait Bertin, dans son Carnet à lui, il n’y a plus de temps à perdre devant la porte que quelqu’un ferme sur nous, inéluctablement… Alors, oui, qu’importent désormais « les rimes et les rythmes », qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ?! Question : cela vous donne-t-il moins envie de vous enivrer ?

_________

NB. Si l’album précédent d’Hubert-Félix Thiéfaine, son double album + DVD en public, Homo Plebis Ultimae Tour, était dédié en 2012 à la mémoire de Jean Théfaine, celui-ci l’est notamment à celle de Jean-Louis Foulquier. 

• HF Thiéfaine : Stratégie de l’inespoir, 13 titres, 50’29, Columbia/Sony Music (site de l’artiste, avec les premières dates de sa tournée prochaine, du 15 avril à la fin 2015, en passant par le Palais des Sports de Paris, les 16 et 17 octobre).


Publié dans : Actu disques et DVD - Par Fred Hidalgo
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Jeudi 27 novembre 2014 4 27 /11 /Nov /2014 12:24

Nuits de Champagne ou la promesse de l’Aube


Créé à Troyes en 1992 (dans sa formule actuelle), le festival des Nuits de Champagne appartient au cercle historique restreint des plus importantes manifestations chansonnières de France, aux côtés de Bourges, La Rochelle et Montauban. Une spécificité admirable le distingue toutefois des autres : son Grand Choral composé de près de mille choristes venus de tout l’espace francophone pour faire chorus avec l’invité d’honneur de l’édition (d’Aznavour à Voulzy en passant par Chedid, Clerc, Jonasz, Lavilliers, Le Forestier, Nougaro, Renaud, Sanson, Sheller… ou Tryo). Celle de cette année, aux vacances de la Toussaint, aura été exceptionnelle, car consacrée pour la première fois au répertoire d’un artiste disparu. De Jacques Brel en l’occurrence, comme l’indiquait son titre « Au suivant ! ». Avec, à la coda, un succès total, artistique autant que populaire : émotions en tout genre et record de fréquentation ! Instantanés et impressions personnelles, tels que notés dans mon « carnet »…
 

Filage.jpg

 

Pour rejoindre les coulisses de l’Espace Argence, le cœur du festival en plein cœur de ville – une belle salle aux murs de briques rouges (ex-gare, ex-école, ex-prison : voilà ce qui s’appelle de la restauration intelligente) pouvant accueillir près de deux mille personnes assises –, il faut montrer patte blanche au gardien. Oh, rien de bien méchant, à Troyes tout respire la convivialité, rien à voir avec les cerbères parisiens, gros bras et petite tête, qui « protègent » les artistes comme s’il s’agissait de chefs-d’œuvre en péril ; ici on a surtout affaire à des bénévoles passionnés et, forcément, on se reconnaît et on sympathise très vite.
 

facade-Argence.jpg

Ce soir-là, celui du premier Grand Choral de Jacques Brel, le vendredi 24 octobre (il y en aura deux autres avec la matinée et la soirée du samedi, les trois à guichets fermés !), alors que la foule commence à se masser à l’extérieur de la salle, il m’interpelle :

 « Vous devez savoir ça, vous, l’année de la mort de Jacques Brel ?
– C’était en 1978, le 9 octobre. Cela fait trente-six ans.
– Trente-cinq-quarante ans, oui, c’est bien ce que je pensais, j’étais encore tout gamin…
– Pourquoi me demandez-vous cela ?
– C’est parce que j’aurais voulu pouvoir donner l’année précise, tout à l’heure, à deux jeunes qui m’ont dit qu’ils allaient venir au spectacle pour le découvrir.
– C’est bien...
– Sauf qu’ils m’ont d’abord demandé : “Vous savez à quelle heure arrive le chanteur… Jacques Brel ?” »
Moi, incrédule, balbutiant un « Noooooon… ? »
« Si, je vous assure, ils espéraient obtenir un autographe ! » 
 

Boris-Boccard-2.jpg

 

Au-delà de l’énormité, l’anecdote est révélatrice. La roue tourne, sans pitié pour notre mémoire qui flanche. À la veille de l’édition, Pierre-Marie Boccard, le directeur-fondateur du festival (qui a eu l’intelligence de s’appuyer très vite sur Jean-Michel Boris, encore directeur de l’Olympia à l’époque, pour la partie artistique), s’interrogeait d’ailleurs sur le bien-fondé de ce défi – reprendre le répertoire d’un artiste disparu – quand le public et les choristes s’étaient fait jusque-là un bonheur de compter sur la présence, sur scène, de l’artiste à l’honneur. D’autant plus que l’édition 2013, « festive et interactive, unanimement saluée », avait rajeuni encore plus la formule, avec le Grand Choral de Tryo : « L’idée de cap générationnel franchi avec Tryo n’est évidemment pas abandonnée. Nous restons connectés à cette génération-là. » Il est vrai qu’il y avait déjà eu une tentative avec Bénabar, « couplé » à Michel Delpech en 2006, deux ans après la triplette Fugain-Lavoie-Maurane. Mais « les Nuits de Champagne ont une histoire qui évolue au fur et à mesure des éditions. Il y a longtemps que nous avions envie d’intégrer des répertoires d’auteurs-compositeurs-interprètes disparus, tels Trenet, Bashung ou Berger ; des répertoires de référence dont la chanson ne peut se passer… »

Comment allier le tout, le patrimoine et la création présente ? Comment passer sans heurt et sans dommage d’un groupe en activité, ouvert à toutes les expériences, à un « monstre sacré » comme Brel à l’œuvre gravée dans le marbre ? La réponse, pour Pierre-Marie Boccard, allait de soi : « Il fallait une formule originale : parcourir ce répertoire avec des artistes de la génération actuelle. » Ainsi fut-il proposé à Clarika, Yves Jamait et Pierre Lapointe de chanter Brel en s’insérant aussi talentueusement que naturellement dans le Grand Choral.
 

Les-trois.jpg

Le Grand Choral ? Un ensemble composé de 850 amoureux de la chanson provenant de tout l’espace francophone et incarnant presque toutes les générations. En cette cité champenoise, la cuvée 2014 (forte de deux tiers de cépages féminins) allait d’une pétillante Mathilde R., 14 ans, dont c’était déjà le cinquième Grand Choral (Mathilde est revenue !) à d’excellents et indispensables crus « hors d’âge ». J’ai même croisé une choriste… australienne, Nicholle N., venue spécialement de Sydney : obsédée dès l’âge de 15 ans par Brel, elle a appris par cœur tous ses textes pour réussir son option chanson française au bac australien ! repetition.jpgAujourd’hui encore, elle loue « son idéalisme, sa vulnérabilité, sa capacité à exposer les sentiments les plus profonds » et souligne qu’il nous donne « la permission de ressentir son émotion, notre émotion. » 

Faut vous dire, monsieur, faut vous dire, madame, que jouer les choristes aux Nuits de Champagne n’est pas forcément la sinécure que l’on pourrait croire. C’est un travail de longue haleine qui démarre chaque année quatre mois avant le festival. Le temps d’apprendre les textes de l’artiste à l’honneur (une petite vingtaine sur la cinquantaine sélectionnée au départ) ; puis de travailler le chant, chacun chez soi, à partir du CD réalisé par l’association de chant choral à l’origine du festival « Chanson contemporaine », avec les musiques spécialement harmonisées par le directeur artistique et musical Brice Baillon et le pianiste et chef de choeur Christophe Allègre. Enfin, à la veille de la manifestation, le chœur battant physiquement, vient le temps des répétitions : un temps intense – j’en suis témoin – allant crescendo jusqu’au jour même de la première, le filage du spectacle de 20 h 30 ayant lieu dans l’après-midi !

 

Mais Brel, quand même… Brel ! Pour une première incursion dans le patrimoine, c’était osé ! Réputé quasiment inchantable, le Grand Jacques, tant son interprétation a marqué à jamais ses chansons ; et puis réécrire les orchestrations de François Rauber… Mais la fortune sourit aux audacieux et le défi n’a pas fait vaciller Christophe Allègre, convaincu de son fait : « Brel nous aurait dit la même chose que Maxime Le Forestier il y a deux ans : prenez mon répertoire et triturez-le ! » Avec le regret cependant que le principal intéressé, cette fois, ne soit pas là pour voir le résultat… Il est vrai que chanter Brel en chœur est un exercice bien différent que celui auquel s’attaque, telle une mission (presque) impossible, un seul individu ; on a trop vite fait de comparer les prestations.
  

repetition-panoramique.jpg

À Troyes, notre Australienne préférée, Nicholle, s’est éclatée à chanter Brel avec tous ces passionnés : « L’esprit du Grand Jacques est entré dans mon cœur. J’ai eu les larmes aux yeux pendant les répétitions. » Elle n’aura pas été la seule, loin de là. Car l’émotion suscitée par les chansons de Brel était à l’unisson de l’intensité du travail fourni. Moi-même, voyez-vous, ayant eu la chance de jouer la petite souris pendant deux jours de répét’… Un parterre impressionnant, un pianiste et puis cinq chefs de chœur (trois hommes et deux femmes) formidables de pédagogie et d’enthousiasme communicatif, vivant physiquement, gestuellement, chaque chanson. Quand les voix s’envolent, pour reprendre Orly par exemple, ce chant d’amour désespéré Clarika.jpg(« Il doit lui dire je t’aime / Elle doit lui dire je t’aime / […] Et puis infiniment / Comme deux corps qui prient / Infiniment lentement / Ces deux corps se séparent / Et en se séparant / Ces deux corps se déchirent / Et je vous jure qu’ils crient… »), difficile en effet de résister à l’émotion générale, presque palpable.

Difficile… voire impossible, pour Clarika, Jamait puis Pierre Lapointe, lorsque Pierre-Marie Boccard est venu les présenter aux choristes. Car la surprise est grande pour ces trois-là, qui incarnent encore la relève, de se voir offrir par une telle assemblée, en guise d’accueil, une chanson de leur répertoire respectif ! Caresse-moi pour Jamait, Bien mérité pour Clarika et Deux par deux rassemblés pour notre « chanteur populaire québécois préféré » (ainsi se présentait-il lui-même l’été dernier dans une savoureuse chronique quotidienne sur France Inter). 

 

 

Les larmes aux yeux, pour le moins, pour chacun des trois, soufflés, estomaqués. « Dire que j’avais à peine terminé cette chanson, se rappellera Jamait plus tard, quand je suis venu pour la première fois à ce festival, tout juste débutant, en 2000, et qu’elle est reprise aujourd’hui par un chœur gros comme ça, de presque mille belles personnes… Les lacrymales ont fait leur œuvre. »
  

 

Et les sanglots, presque, pour la jeune femme… Mettez-vous à leur place : « Cette petite chanson, écrite sur un coin de bureau, dans la solitude, qui s’envole et prend tout d’un coup une ampleur pareille, dira Clarika, quel coup au cœur ! » Pierre Lapointe, qui tout comme Jamait revendique Brel parmi ses références majeures (et qu’on attendait à Montréal à la cérémonie des « Félix », avec six ou sept nominations, dès le lendemain du festival !), le confirmait : « C’est quelque chose de très impressionnant, de très poignant. C’est la première fois que j’ai l’opportunité de chanter avec un chœur gigantesque, et c’est très troublant… Stressant aussi car il faut assumer quand tu es en avant. Tu as une locomotive derrière qui te presse… »

 

 

Pour la petite histoire, puisque Jamait a évoqué l’édition 2000, c’est cette année-là que fut organisée pour la première fois à Troyes une rencontre entre les choristes et l’artiste invité à partager la scène avec eux – les artistes en l’occurrence, car ils étaient deux : Francis Cabrel et Alain Souchon… et c’était votre serviteur* qui s’était chargé de l’animer. Si je me permets de l’évoquer, c’est que beaucoup de monde, Jamait.jpgsur place, m’en a reparlé comme d’un souvenir marquant, les deux compères s’étant montrés complices comme jamais, et aussi drôles (et pertinents) que disponibles. Quatorze ans déjà.

Entre ces répétitions, les trois représentations publiques et le filage préalable, j’ai eu l’impression d’être comme un choriste de plus intégré à cette belle aventure. Je n’émettrai par conséquent aucun jugement de valeur sur le concert lui-même, sinon pour dire que l’assistance lui fit chaque fois une ovation identique et relever cette remarque d’un professionnel : « Dommage que ça ne puisse pas tourner », à laquelle Clarika opposait ce sentiment : « C’est aussi la rareté qui fait la préciosité de la chose, que l’on soit tous en empathie… » Je préciserai simplement que les responsables musicaux et choraux avaient choisi, la plupart du temps, de se démarquer des interprétations et orchestrations bréliennes trop prégnantes, pour permettre au Grand Choral (soutenu par quatre excellents musiciens installés en haut de la scène : guitare, basse, claviers, accordéon, batterie) d’offrir une véritable recréation. Soit en solo, si j’ose dire (comme pour les trois chansons des artistes invités), soit pour accompagner Clarika (dans Vesoul et Les Flamandes), Jamait (Bruxelles et Ces gens-là) et Lapointe (Au suivant et Amsterdam), dans une astucieuse mise en scène justifiant le titre du spectacle : « Au suivant »… Le tout s’achevant en rappel sur une perle du dernier album du Grand Jacques, Voir un ami pleurer.  

 

 

Marque de fabrique des Nuits de Champagne, le Grand Choral n’en constitue pour autant que la partie émergée de l’iceberg artistique, réparti dans cinq lieux de spectacles, tous situés dans un périmètre restreint et chacun répondant à des besoins différents. Plus grand que l’Espace Argence (où une ancienne chapelle annexe accueille les concerts de fin de soirée, réservés aux artistes et groupes émergents), mais plus convivial qu’un Zénith, le Cube est plutôt destiné aux spectacles dits grand public. 

au-suivantEt puis, de part et d’autre d’Argence, à moins de dix minutes à pied l’un de l’autre (« c’est le triangle d’or du festival », sourit Pierre-Marie Boccard), s’élèvent deux beaux théâtres à l’italienne : le Théâtre de Champagne (mille places) et le Théâtre de la Madeleine (500).

Celui-ci héberge également, depuis la précédente édition, des rencontres littéraires : deux cette année avec mon ex(cellent)-confrère et obsédé textuel Patrice Delbourg, venu parler de son livre Les Funambules de la ritournelle (l’Archipel), où il fait la part belle aux « fantassins du verbe » et autres « manufacturiers de la chanson »… et votre serviteur pour L’aventure commence à l’aurore qui retrace le voyage au bout de la vie de Jacques Brel.
  

 

Organisées en collaboration avec la (superbe) librairie troyenne « Les Passeurs de texte » (qui pour l’occasion avait composé une fort belle vitrine d’ouvrages chansonniers), c’est son responsable, Jean-Luc Rio, qui les anime avec la ferveur d’un libraire exigeant, doublé, ce qui ne gâte rien, d’un amoureux de la chanson… et de Brel en particulier. Entre autres spectateurs et spectatrices de qualité, un certain Jean-Michel Boris qui ne manqua pas de contribuer au débat en évoquant ses souvenirs de la mort et de la mise en bière du Grand Jacques à l’hôpital de Bobigny…
  

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Soirée débordante d’émotion, couronnée par le spectacle de Pierre Lapointe seul au piano, déclinant toutes les facettes de l’amour-amitié : « J’ai fait cet étrange rêve / Où nous étions tous deux / Auréolés de bonheur / Sous des centaines de soleils qui pleurent / La peau rapiécée par des fils / Sortant de nos talons d’Achille / […] J’ai fait cet étrange rêve / Où nous étions tous deux / Massacrés par l’allégresse / D’un lourd sentiment amoureux / À se marteler de questions / À se crier comme il fait bon / De rester là / De rester là… » C’est d’ailleurs le message que passera le chanteur à la fin du concert, après une belle reprise de C’est extra (Ferré), invitant le public à ne pas s’en aller, le temps d’enfiler sa « tenue de ville » et de revenir sur scène répondre à toutes les questions souhaitées, sur lui et sur le métier. Une façon intelligente de démythifier le star system (tout en coupant à la séance des autographes) et pour le public d’entrer dans les coulisses de la création.

 

 

Pour ma part, thématique aidant, le festival m’avait aimablement concocté une rencontre informelle avec les choristes, en vue de leur proposer un condensé de ma conférence sur la fabuleuse histoire du Grand Jacques aux Marquises. À la condition toutefois de prendre le risque de m’approprier l’un de leurs rares moments de détente, sous un chapiteau voisin du gymnase où avaient lieu les répétitions. Première contrainte : trois quarts d’heure maxi pour une heure trente (minimum) d’habitude. Second souci : le chapiteau en question est un espace où les choristes viennent souffler un peu, le temps d’échanger leurs impressions autour d’une boisson ou d’une collation. Je dois à la vérité de dire que je n’en menais pas large avant cette rencontre, formalisée simplement par une cinquantaine de chaises face à une scène improvisée, avec sono, écran et vidéoprojecteur… 
  

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Mais riche expérience a posteriori, qui m’a vraiment fait comprendre, en le ressentant physiquement, combien les artistes du supposé âge d’or de la chanson française avaient du mérite, quand ils se produisaient devant un parterre de dîneurs hâbleurs, souvent indifférents au chanteur. Chance des inconscients ou miracle brélien, toujours est-il que dix minutes après le début des hostilités dans un va-et-vient on ne peut plus bruyant, l’assistance se comptait, debout et attentive, en centaines de personnes… Fred-Troyes.jpgTout le reste du festival, on n’a pas arrêté de me remercier pour ce moment, comme aurait dit une certaine Valérie. « C’était un peu, a commenté gentiment une choriste sur Internet, comme la cerise inattendue sur le gâteau du Grand Choral… » Un peu aussi ma façon à moi de remercier celui-ci de m’avoir ouvert la porte des répétitions. 

Autre bonheur personnel, nourri d’émotion, encore (oh oui, quelles Nuits !) : des « retrouvailles » tout au long de cette édition bien nommée avec d’anciens lecteurs de Paroles et Musique et/ou de Chorus qui m’ont fait l’amitié de se présenter, non sans hésitation parfois – la faute à une forme de respect (le « privilège » de l’âge sans doute !) voire à la crainte de me « déranger » alors que rien n’est pire que l’indifférence sinon l’absence –, et surtout de souligner combien Chorus en particulier, cinq ans après sa disparition, leur manque encore. Jean-Jacques Goldman (qui lui a montré plus d’une fois son attachement) en aurait fait une chanson : « Tu manques, si tu savais / Tu manques tant / Plus que je ne l’aurais supposé… » À mon tour de saluer ici certains d’entre eux qui ont bien voulu se nommer (beaucoup d’autres se sont signalés sans décliner leur identité) : merci à Claire, à Didier, Éric, Frantz, Jean-Luc, Jean-Pierre, Micheline, Nora, Philippe, Soizick, merci à Valérie… et à la revoyure, j’espère, on the road again, comme l’a chanté Lavilliers lors de ces Nuits. 
  

 

Au-delà de son hommage au Grand Jacques, cette vingt-septième édition (du 19 au 25 octobre) proposait en effet une affiche plus riche que jamais : l’avant-première du Soldat Rose 2 avec Thomas Dutronc, Nolwenn Leroy, Tété, Isabelle Nanty, Ours et Pierre Souchon, Helena Noguerra, Élodie Frégé, etc., et la participation exceptionnelle de Francis Cabrel ; le spectacle concept autour d’Allain Leprest, Où vont les chevaux quand ils dorment ? (créé en avant-première à Montauban 2013) avec Romain Didier, Jean Guidoni et Jamait ; les concerts de Julien Doré, Bernard Lavilliers, Florent Marchet, Renan Luce, Oldelaf, Yodelice, Maxime Le Forestier (« Brel, je ne l’ai rencontré qu’une fois. J’avais 16 ans, je lui ai serré la main. C’était au casino du Val André, dans les Côtes-d’Armor… Je l’ai revu deux autres fois dans L’Homme de la Mancha, à Paris »)… et une bonne vingtaine d’autres, dont les concerts « solo » de Clarika, de Jamait et de Pierre Lapointe, qui ne cessent de grandir en qualité et en profondeur de chant.   

 

 

De Zaz aussi, « Découverte » en 2010 du festival Alors… Chante ! de Montauban, et devenue depuis, avec son naturel et l’originalité de son timbre gouailleur, le chantre par excellence de ces Petits riens qui font la différence entre une vie de tiédeur (« Revoilà l’inutile… » chantait Brel) et une autre d’ardeur (« Cela ne s’éteint pas, écrivait Aragon mis en musique par Hélène Martin ; je suis là qui brûle… »), mais surtout l’interprète de proue de la chanson française à travers le monde. Et de Lavilliers, donc, et puis de Maxime Le Forestier qui, l’un au Cube et l’autre à l’Espace Argence, ont offert des prestations dignes de leurs meilleurs crus – ce qui n’est pas peu dire quand il s’agit d’artistes avec autant de bouteille ! Dignes aussi de la complicité qui les unit à ce festival depuis qu’ils ont chanté avec le Grand Choral : Nanard invitant des choristes à le rejoindre sur scène ; Maxime revenant exceptionnellement en dernier rappel, non pas avec un Brassens de plus, mais avec une version magnifique du Plat Pays

Superbe spectacle que celui-ci, l’un des derniers d’une tournée commencée il y a près d’un an et demi (elle s’achève en décembre), peu après son Grand Choral de Troyes : « Je me sens chez moi ici, nous expliquera Maxime, parce qu’ici on a affaire à des goûteurs de chansons. » La preuve, la reprise en chœur (dans la salle, cette fois) de nombre de chansons de son concert, « pas stressant », assis et acoustique, mais ô combien millimétré et fusionnel. La simple histoire d’un P’tit Air contagieux… et qui dit, l’air de rien, la primauté de la chanson : « On laisse des traces ou des séquelles / Des peintures ou des monuments / Les statues tombent forcément / Gravitation universelle / Alors qu’un air qui se faufile / De lèvre en lèvre et qui survit / Ça peut nous faire un paradis… » 
  

  

Que dire encore ? Parler de l’omniprésence généreuse de Jamait dans cette édition : avec son propre récital, ses participations au Grand Choral et au spectacle Leprest, un mini-concert Brel dans un café de Troyes archicomble – car il existe aussi un festival off dans les bars du centre ville – et même un tour de chant spécial à la Maison d’Arrêt… Sans parler d’une séance de dédicaces à la Fnac ! Et pendant l’un des repas que nous avons partagés (en compagnie notamment de Maxime Le Forestier, Clarika, Pierre Lapointe, Guidoni, etc., car les Nuits de Champagne offrent également aux professionnels cette belle convivialité), Yves trouvait encore le moyen de nous interpréter du Tachan, étant à quelques jours seulement de créer à Dijon son « Jamait chante Tachan », en présence de l’intéressé (qui, lui, a totalement renoncé à la scène). Étonnant, insatiable et attachant Jamait dont le grain de voix, rarissime dans la chanson française, n’est pas sans évoquer celui de Tom Waits ou de Vladimir Vissotski. 
  

  

Et puis, et ce sera mon dernier mot pour qui penserait qu’une telle édition, célébrant un artiste disparu, s’adresse à un public plus âgé que la moyenne : non seulement c’est faux car Brel touche toutes les générations (y compris les ados amateurs de « musiques actuelles », on l’a vu ici avec des spécialistes qui l’ont revisité en version électro !), mais il existe en outre à Troyes une manière de second Grand Choral, réservé aux enfants, qui s’appelle le Chœur de l’Aube et réunit 700 collégiens-chanteurs. C’est lui qui ouvre chaque année le festival dans l’enthousiasme partagé et qui, cette fois (c’était le dimanche 19 octobre en matinée et en soirée), s’est littéralement « éclaté » à chanter du Brel à l’unisson… Les collégiens (qui ne risquent pas de demander à l’avenir à quelle heure arrive le chanteur Jacques Brel…) mais aussi les spectateurs (plus de 1500 dont une majorité de jeunes parents) puisqu’il s’agit toujours d’un spectacle interactif. 

De L’Aube à l’unisson au Grand Choral qui impliquent si activement les amateurs de chanson au sens noble du terme (« C’est fantastique, m’a dit Jamait, admiratif ; nous, on nous paye pour chanter, mais eux, les choristes, qui viennent de partout à leurs frais et prennent sur leurs congés, ils payent pour le plaisir de chanter ! »), en passant par les artistes émergents, les fers de lance de la relève et les figures de proue de la chanson francophone, ce festival, ça n’est rien que du bonheur… Et la garantie, comme la promesse de l’aube, qu’il existera toujours des lendemains et, donc, d’autres Nuits qui chantent. 
  

 

*J'avais réalisé plusieurs tables rondes exclusives pour Chorus avec Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman, Yves Simon et Alain Souchon de concert (qui donneraient lieu au beau-livre Les Chansonniers de la table ronde), et Pierre-Marie Boccard m’avait demandé si j’accepterais de rééditer une telle rencontre en public avec Alain et Francis…

NB. Contact du festival : Pierre-Marie Boccard, directeur général, ou Sandrine Beltramelli, directrice artistique, BP 60155, 3 rue Vieille Rome, 10000 Troyes (tél. tél. 03 25 72 11 65, site Internet) ; merci à L’Est Éclair-Libération Champagne qui a publié le 15 octobre un bel hors série gratuit de 12 pages intitulé « Une semaine avec Brel », d’où sont tirés certains propos repris ici.


Publié dans : Concerts et festivals - Par Fred Hidalgo
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Jeudi 13 novembre 2014 4 13 /11 /Nov /2014 15:53

C’est une chanson qui nous rassemble…

 

« Attention les feuilles ! » ce sont bien sûr les feuilles d’automne qui tombent et se ramassent à la pelle, mais à Meythet (Haute-Savoie), la salle organisatrice de ce festival créé en 2001 ne s’appelle pas Rabelais pour rien : ici, les feuilles, c’est d’abord les esgourdes, ces disgracieux appendices sans lesquels la chanson resterait lettre morte, couchée sur le papier, veux-je dire. Au Rabelais et dans les 33 autres lieux qui font chorus pendant douze jours (du 8 au 19 octobre cette année), « on fait tout sérieusement… sans se prendre au sérieux » !

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La citation –
« c’est même notre credo », dit-il – est de Laurent Boissery, directeur-fondateur de ce festival pas comme les autres. Pourquoi ? Parce qu’il est le contraire du festival traditionnel, limité dans le temps et se tenant dans un lieu unique. « Attention les feuilles ! » est disséminé à travers l’agglomération d’Annecy, hébergé par toutes sortes de salles (« de la crèche à la maison de retraite, en passant par le lycée, les écoles de musique, les bibliothèques ou les médiathèques ») et offrant à son public – outre ses concerts, bien entendu, dans de belles salles – des animations, des expos, des rencontres autour de la chanson mais aussi du cinéma et de la littérature... « On ratisse large ! » sourit Laurent Boissery, bien connu dans la Fédération des Festivals francophones (créée en mai 2005 dans le cadre d’ « Alors… Chante ! »* à Montauban, à partir d’une charte édictant une vision culturelle et non mercantile de la diffusion de spectacles et qui regroupe une trentaine de festivals de chanson francophone sans distinction de taille ni de formule), pour être le pince sans rire de l’assemblée… Le plus écolo aussi, sans doute, des directeurs de festivals puisqu’il ne se déplace jamais sans son vélo… et les pinces ad hoc.
  

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Il faut dire que la ville d’Annecy (où les cyclistes sont rois !) montre une vision aussi réelle qu’idyllique de l’écologie, avec un environnement naturel préservé : son lac au pied de la chaîne des Aravis, sa montagne du Semnoz qui offre une vision panoramique à 360° de toute cette région magnifique, avec vue directe sur le mont Blanc et les Alpes… Pourquoi s’en priver ? « Attention les feuilles ! » chante aussi sur le lac, à bord de la Libellule, un luxueux bateau de croisière… Oui, ici on ratisse large, peut-être, mais avec le souci, toujours, d’être « un festival franco-responsable », histoire de signifier son engagement « dans la défense et la promotion de la langue française ». Dès 1980, le mensuel Paroles et Musique se faisait le porte-parole de la « chanson vivante » (par opposition à une certaine chanson de variété qui occupait alors le devant de la scène médiatique en occultant le reste, à savoir la quasi-totalité de l’iceberg chansonnier), aujourd’hui « Attention les feuilles ! » y ajoute l’ingrédient de la proximité en s’adressant avant tout au public régional qu’il a réussi à fidéliser.  

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S’il est un festival qui mérite l’appellation de chanson (vivante) de proximité – pour faire un clin d’œil à Michel Trihoreau, « inventeur » du concept –, c’est bien celui-ci. Pour son public bien sûr mais aussi pour la qualité de sa relation avec les artistes qu’il accueille. Pas de frimeurs ici, mais des « chantauteurs » comme j’aime à les appeler, à hauteur d’homme. Ça n’est pourtant pas une raison de l’ignorer au plan national. Voici donc quelques rappels et impressions de sa quatorzième édition, dans l’espoir de vous inciter à découvrir ce festival (voire sa région) à l’occasion de la prochaine, en octobre 2015 – toujours durant les vacances de Toussaint. À le découvrir ou à vous y intéresser et à faire jouer le bouche à oreille… 

C’est le Rabelais, je l’ai dit, la belle salle de Meythet, à quelques encablures seulement d’Annecy, qui est l’épicentre du festival et fut son lieu d’origine, en 2001, avec seulement trois soirées. En 2014, « Attention les feuilles ! » était présent durant douze jours dans trente-quatre lieux répartis sur dix communes de l’agglomération (qui n’en compte que trois de plus) : Meythet, donc, Metz-Tessy, Seynod, Cran-Gevrier, Annecy, Annecy-le-Vieux, Poisy, Argonay, Pringy, Montagny-les-Lanches, outre la ville voisine de Rumilly où, bonheur, j’allais retrouver une vieille connaissance. Richard Desjardins !
  

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C’était le 18 octobre, après la première partie de l’Israélienne et citoyenne du monde (qui vit en France) Lior Shoov, véritable extraterrestre aussi de la chanson (en français, mais aussi en anglais, en arabe et en hébreu). Découverte du dernier « Alors… Chante ! » de Montauban, elle propose un « set », pas vraiment un concert, une performance plutôt où la danse et l’art du cirque se mêlent à la chanson, malgré son talent de multi-« instrumentiste » des plus étonnants : ukulélé, hang, tubes en plastique, harmonica, sanza, mignonnettes d’alcool, jouets, genoux percussifs, tambourin… Et à la fin, elle s’avoue très émue et heureuse d’avoir été invitée à se produire (avec l’assurance d’une vieille briscarde qui n’aurait pas perdu son âme d’enfant) « pour la première fois dans une grande salle » : le Quai des Arts, 500 places.
  

   

Desjardins seul à la guitare (pardon, « à sa guétard »), ce soir-là, c’est un peu Vissotsky lui aussi seul à la guitare, comme Atahualpa Yupanqui, c’est un peu Lluis Llach seul au piano. C’est un peu Ferré, c’est un peu Brel, c’est un peu Dylan… et c’est Richard Desjardins, né en 1948 au fin fond du Québec, en Abbittibbi, à 600 km au nord de Montréal. Vous ne connaissez pas le russe, ni le castillan, ni le catalan, ni l’anglais dylanien… ni le québécois fort personnel (et poétique) de Desjardins ? Peu importe, le grand frisson est là. On ressent des chansons puissantes, intelligentes, qui vous flanquent la chair de poule, sans qu’on arrive à en déterminer précisément l’origine : les textes, les musiques, la voix ? Un peu de tout ça bien sûr, mais entre les ingrédients qui vont le composer et le plat que l’on va déguster, dans une salle où le poète installe une atmosphère qui n’appartient qu’à lui, il y a ce miracle de la chanson que l’on n’explique pas, dont on sait seulement qu’il est le propre des tout-grands. 

 

 

 Flash-back vécu : fin des années 80, Festival d’été de Québec. Renaud et moi sommes invités à une émission en direct de Radio-Canada. C’est la charmante, passionnée (et aujourd’hui très regrettée) Chantal Jolis qui mène le débat. À un moment, en pleine émission, elle s’adresse à nous : « Quel spectacle avez-vous prévu de voir ce soir ? » Et devant la réponse évasive de Renaud et de votre serviteur (il y a tellement de concerts simultanés dans ce festival que j’ai plutôt, pour ma part, l’habitude de courir d’un site à l’autre, de grappiller ici et là des bouts de spectacles), Chantal d’ajouter : « Ne cherchez plus. Allez voir Richard Desjardins, je vous garantis que vous ne le regretterez pas ! »
  

 

     

Richard qui ? Aucun de nous deux ne le connaissait encore, mais nous suivîmes le conseil… et fûmes subjugués par cette découverte, dans une salle (le bar d’Auteuil) où le public québécois s’esclaffait aux digressions de l’artiste et l’applaudissait à tout rompre. Et nous, ne comprenant pas la moitié des paroles (quel accent, ce Desjardins, surtout à l’époque !) ni les références sociopolitiques dont il truffait sa prestation, de rester malgré tout littéralement scotchés ! Stupéfaits par tant de talent. Sur le moment, je me souviens d’avoir pensé à un mix de Ferré et de Dylan…
   

 

Après le spectacle (et avant de faire la connaissance du chanteur), Renaud, son frère Thierry (pareillement touché) et moi-même nous transformâmes en conjurés : comment un artiste pareil (40 ans à l’époque) pouvait-il être encore inconnu en France ?! To-ta-le-ment inconnu ! Au Québec, il est vrai, il venait seulement de sortir son deuxième album (et encore, par souscription !), Les Derniers Humains (…sept ans après le premier, autoproduit). Nous décidâmes donc ce soir-là d’appeler chacun de notre côté, une fois rentrés en France, nos principales connaissances professionnelles pour tenter de faire découvrir Desjardins dans l’Hexagone. Ainsi fut fait. Résultat des courses : diffusion de ses chansons dans l’émission de Jean-Louis Foulquier sur France Inter, premier passage aux Francofolies de La Rochelle en 1991 puis à Paris, au Théâtre de la Ville, en 1992. La même année, Richard figurait en « Rencontre » d’ouverture du tout premier numéro de Chorus, aux côtés de Léo Ferré et de Nilda Fernandez.
  

 

À ce jour, le sujet le plus important qui lui ait été consacré dans la presse européenne reste sa « chorusgraphie » du printemps 2005 (« Un homme debout », Chorus n° 51, 24 pages, 36 photos, bio, entretien, témoignages, repères, discographie…). Et L’Existoire, son douzième et dernier album (pour le moment), a reçu en 2012 le « Félix » (l’équivalent québécois d’une Victoire de la musique) de l’album de l’année.
  

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Desjardins, c’était l’événement d’« Attention les feuilles ! » 2014. Son coup de cœur et sa révélation, de façon assez unanime, a été un trio humoristique, Blond & Blond & Blond dont je ne saurais raconter la prestation sans risquer de déflorer bien des choses… ce qui serait dommage. Alors, si vous ne les connaissez pas encore, il est temps pour vous de faire l’expérience du syndrome de Stockholm ! Comme l’indique leur bio, To, Mar et Glar, qui sont frère et sœurs, nous viennent en effet de Suède... « Après avoir conquis leur pays d’origine, les voici débarquant en terre gauloise. Ils ont juré sur le catalogue Ikea que tout ce qu’ils joueront sera retenu par votre attention. Et ils tiennent parole, foi d’élan ! Les Blond & Blond & Blond ont pris nos classiques en otage » : leur spectacle s’intitule Hømåj à la chonson française
  

 

À dire vrai, je n’ai pas suivi l’ensemble de l’édition, étant moi-même invité dans le cadre du festival à présenter, à la bibliothèque de Poisy, ma conférence sur la Fabuleuse Histoire du Grand Jacques aux Marquises. Excellent accueil des responsables du lieu, public en empathie avec le sujet (dont certains, m’ont-ils dit à la fin, ont eu la chance d’assister soit au spectacle exceptionnel de Jacques Brel en soutien à Pierre Mendès-France : c’était durant la campagne législative de 1967, le 23 février à Grenoble, soit à sa toute dernière, à Roubaix, le 16 mai 1967)… et spectateurs venus de toute la région, y compris de Genève. Merci à Laurent Boissery qui était là pour ouvrir les hostilités (toutes relatives), malgré son obligation d’être partout à la fois sur le festival, merci aux charmantes personnes dirigeant la bibliothèque, et merci à tous ceux qui m’ont fait l’amitié de se déplacer spécialement… et d’en redemander à la fin, avec une batterie de questions.
  

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Pour mémoire, l’affiche de cette quatorzième édition avait de quoi satisfaire les plus exigeants des amateurs de chanson vivante, un qualificatif que Laurent Boissery et les siens revendiquent haut et fort. Avec trois permanents seulement – ceux du Rabelais de Meythet, qui assure une belle programmation tout au long de l’année – et sept professionnels intermittents, « Attention les feuilles ! » 2014 a ouvert grandes ses portes (et ses esgourdes) à Véronique Pestel, Jeanne Garraud, Clément Bertrand, Boule, Chouf, Kosh, Karimouche, La Vraie Nonique, Courir les Rues et sa Band’, Léonid, Noga & Patrick Bebey, Vérone, Florent Marchet, Sirius Plan (voir vidéo ci-dessous ; avec un concert d’une heure et demie sur le lac d’Annecy, à bord du bateau de croisière la Libellule, à la nuit tombée : « Un véritable régal ! » selon Laurent Boissery), GMD Orchestra, Loraine Félix, Simon Autain, Laurent Berger, Strange Enquête, Gaële, Alexandra Hernandez & Jonathan Mathis, les Tit’ Nassels, Moran, Thomas Pitiot, les Hay Babies (trois jeunes femmes du Nouveau-Brunswick qui s’emploient à régéréner la musique folk acadienne avec des chansons parsemées de mots anciens mais d’images et de situations bien actuelles)... Et puis des troupes, comme la Compagnie La Gueudaine ou encore la Compagnie Rêves et chansons qui a présenté trois spectacles différents pour le jeune public.
 

 

Un festival pas comme les autres, disais-je et c’est bien ça qui séduit à coup sûr : la spécificité, l’originalité, trop de festivals ou labellisés comme tels n’étant que d’interchangeables organismes de diffusion de spectacles identiques, je veux dire qui se contentent d’exposer les artistes du moment « vendus » partout par les tourneurs, sans ligne éditoriale affichée ni souci d’imprimer leur empreinte. « Attention les feuilles ! », pour vous dire qu’on n’y fait pas les choses comme ailleurs, a lancé son édition à 0 heure le 8 octobre (à minuit donc !) par… une conférence sur « le rôle de la musique dans la qualité du sommeil », donnée par le docteur Toufik Didi, pneumologue et spécialiste du sommeil au Centre hospitalier Annecy/Genevois (commune de Metz-Tessy). Et ça n’est qu’à l’issue de celle-ci que les… insomniaques ont pu assister au concert d’ouverture du Normand Boule qui n’a besoin de personne pour se singulariser.
  

 

Pour le reste, je signalerai encore une rencontre de Clément Bertrand autour du métier de chanteur avec les élèves de l’École de musique de Poisy et ceux du Lycée Baudelaire de Cran-Gevrier ; celle de Véronique Pestel à la Médiathèque de la Turbine (Cran-Gevrier) autour de son « Cahier d’apprendre » (trois cahiers en fait : deux sont des notes de tournée, notamment à travers les pays de l’Est, le troisième est la restitution, sous forme de poèmes, d’un travail préalable mené à Annecy avec le percussionniste Laurent Kraif) ; une bourse aux disques à Meythet ; ou encore cette rencontre littéraire et musicale (un petit événement en soi !) avec l’excellentissime David McNeil, qu’Alain Souchon entre autres considère (à juste titre) comme l’un des plus grands auteurs de la chanson française contemporaine.
  

 

C’était le 14 octobre en fin d’après-midi au Bistrot des Tilleuls à Annecy et c’est génial quand la chanson envahit ainsi les lieux de vie les plus divers, d’autant qu’un buffet littéraire, en compagnie de l’artiste, suivait cette rencontre. On y a parlé de sa carrière, de son nouvel album, Un lézard en septembre (le précédent en studio, Seul dans mon coin, datait de 1991 !), de ses livres évidemment (une dizaine de romans et ouvrages autobiographiques), de ses contes pour enfants, scénarios et pièces de théatre… et on y a chanté quelques-unes de ses chansons (comme Hollywood, dont Yves Montand fit un succès), puisque David avait eu la bonne idée de venir avec quelques musiciens...
 

 

Voilà, c’est tout ça, « Attention les feuilles ! ». Pour l’apprécier à sa juste mesure, il convient de bien ouvrir ses mirettes et de laisser ses esgourdes s’emplir tout doux tout doucement de petits bonheurs inconnus des rouleaux compresseurs médiatiques. Ici, les « feuilles », qui ne croulent pas sous les décibels ni les larsens, ne se ramassent pas à la pelle : elles y accueillent de la chanson écologique de proximité. De la chanson qui (nous) rassemble. C’est du vivant, du vécu, de l’oxygène en musique et, nom d’une pipe, ça donne diantrement envie d’en reprendre une bouffée !

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Contact « Attention les feuilles ! » : Laurent Boissery, Salle de spectacles Le Rabelais, 21 route de Frangy, 74960 Meythet (tél. : 04 50 24 49 10 ; e-mail : rabelais@agglo-annecy.fr; site du Rabelais ; site du festival).

*DERNIÈRE HEURE (voir sujet précédent) : une pétition est désormais en ligne, que tout un chacun peut signer ICI… si ça lui chante. Son intitulé ? « Pour que vive la chanson, je défends le festival Alors… Chante ! » Lequel, parmi les options envisagées par son équipe dirigeante et de bénévoles, ne rejette pas la possibilité d’une délocalisation… 


Publié dans : Concerts et festivals - Par Fred Hidalgo
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