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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 16:21

Pas vieillir, pas mourir…


L’air  de rien – chi va piano va lontano –, voici l’opus numéro 200 de « Si ça vous chante ». À vrai dire, je pensais prendre mon temps pour concocter un texte aux petits oignons, truffé de chansons et d’illustrations belles à mourir… et puis l’occasion faisant le larron, histoire aussi de s’éviter un jour de plus à vieillir, ce sera court comme une lettre d’amour. Car… hier soir j’ai revu, à la scène comme à la ville, mon ami Henri Tachan (on s’est connus en 1979) et ça n’a été que du bonheur… que je me dois – vous m’connaissez ! – de vous offrir un peu en partage… et en exclusivité.

JAMAIT CHANTE TACHAN

Tenez, cette photo d’Henri sur scène prise par votre serviteur : eh oui, c’était hier soir ! Mercredi 15 avril 2015 à Paris (9e), dans une magnifique petite salle à chansons (140 places) qui accueillait ses premiers spectateurs. Soirée privée… de recettes commerciales (puisque uniquement sur invitations), mais non privée d’émotion. Comment cela se fait-ce ? rétorqueront les admirateurs de Tachan, qui n’ignorent pas que l’auteur de La Vie a décidé de s’y vouer totalement à l’issue, le 29 mars 2008, de son tout dernier concert au Théâtre Musical de Besançon ?!

Et ils auront raison de ne pas y croire, au retour de Tachan, car s’il est remonté exceptionnellement sur les planches, ça n’était évidemment pas, malheureusement pas pour chanter lui-même (« Ne vous en déplaise, nous a-t-il confié, je suis fort aise d’avoir arrêté la scène… »), mais pour présenter Yves Jamait qui a eu la plus que bonne idée l’automne dernier (il nous en avait parlé lors de son séjour aux Nuits de Champagne) de créer un concert autour du répertoire d’Henri. La création officielle aura lieu en septembre prochain dans la capitale, mais l’affaire est d’ores et déjà entendue (après quelques premières représentations de rodage en province) : Au revoir Tachan est un formidable spectacle qui doit autant à la qualité géniale d’inspiration, à la finesse d’une œuvre oscillant sans cesse de la tendresse à la révolte, qu’à l’interprétation tant vocale que gestuelle, mimiques incluses, de Jamait. Avec de superbes trouvailles comme celle de mimer un cœur qui bat sur fond de percussions, des liaisons pertinentes, de l’humour permanent… et deux musiciens au diapason, c’est-à-dire étonnants, enthousiastes, enthousiasmants : Samuel Garcia, piano-clavier-accordéon, et Didier Grebot, batterie-percussions.

J’ai prévenu que je ferais court. Alors, je vous le dis sans ambages et vous pouvez en croire quelqu’un qui connaît son Tachan par cœur (mon Brel, mon Amérique à moi… Celui avec qui je conversais déjà depuis l’Afrique avant de rentrer en France pour créer Paroles et Musique en 1980), dont j’aimais les chansons depuis toujours et que j’ai vu et revu sur scène avec un bonheur sans cesse renouvelé (du Théâtre Renaud-Barrault à celui de la Roquette, de Bobino à l’Olympia, de la Fête de l’Huma à un peu partout en tournée, y compris à deux pas de chez moi, en mai 1978... pour un concert à l'organisation duquel j'avais même contribué avec Forum, mon journal hebdomadaire de l'époque !) : Ce « Jamait chante Tachan » est un régal ! Et le public d’invités qui, pour une large part hier soir, ne connaissait Tachan et Jamait ni d’Ève ni d’Adam, ne s’y est pas trompé en leur réservant, l’un assis discrètement dans la salle et l’autre sous la lumière, une ovation debout. Alors, voilà, l’info est donnée. Organisateurs, à vos agendas ; spectateurs, à vos marques. Spectacle à faire tourner, à recommander et à ne pas manquer ! Faites passer…

JAMAIT CHANTE TACHAN

L’occasion fait le larron, disais-je plus haut à propos de ce deux centième sujet. Pas de hasard en fait. Ou, si vous préférez, c’est du hasard qui fait bien les choses. Henri et moi, c’est plus qu’une vieille histoire, et à coup sûr une histoire d’amour et d’amitié. Quelle joie de le retrouver hier dans de telles circonstances ! Car dans la salle, si côté cour, le maître (exemplaire) des lieux (Alain Wicker, lui aussi un fondu de chanson et ami de Tachan) avait invité de non initiés pour leur faire découvrir, via Jamait, celui en lequel Brel voyait un lion rugissant et Frédéric Dard un pudique à la tendresse hargneuse pour « éveiller des échos fraternels dans les consciences neutres » ; côté jardin, il y avait des connaisseurs, éditeurs, auteurs, musiciens, journalistes… et chanteurs. Tous admirateurs de Tachan, toutes générations confondues, d’Agnès Bihl à Marcel Amont !

JAMAIT CHANTE TACHAN

Je ne vous en ai pas encore parlé ici, mais un double DVD intitulé Henri Tachan, 40 ans de chanson, réalisé par Christophe Régnier, sera officiellement présenté lors de la création parisienne d’Au revoir Tachan, à la rentrée. D’ores et déjà disponible par correspondance, il propose l’intégrale du dernier concert d’Henri Tachan à Besançon (22 titres) et un documentaire sur l’artiste, Le Prix de la révolte, présenté par le réalisateur comme « une enquête palpitante, tendre, drôle et pudique, avec de nombreux témoignages passionnants » : Marcel Amont, Guy Béart, Juliette Gréco, Yves Jamait, Gérard Jouannest, Antoine-Marie Millet (le pianiste de Tachan, présent lui aussi hier soir), Danielle Oddéra, Pierre Perret, Alain Souchon, Patrick Poivre d’Arvor, Jean-Claude Vannier… outre votre serviteur et, surtout, les regrettés José Artur, Cabu et Cavanna. Pas la peine de vous en dire plus ni de vous faire un dessin

Ça commence à ne plus faire aussi court qu’annoncé, alors juste pour relier ce sujet à la tonalité des deux précédents, découlant eux-mêmes du massacre de Charlie, ces propos de Tachan dans l’un des nombreux articles et dossiers qu’on lui consacra de son vivant de chanteur, si j’ose dire, dans Paroles et Musique et Chorus. En l’occurrence dans le n° 34 (novembre 1983) du « mensuel de la chanson vivante ». Nous parlions, Henri et moi, du désenchantement politique (déjà), de la désespérance et, néanmoins, de notre foi en l’Homme, quitte à ce que ce soit, comme il l’a écrit, dans nos « seuls moments de fièvre ».

JAMAIT CHANTE TACHAN

Et voilà comment il concluait cette rencontre à la veille de passer un mois à Bobino (le vrai !) : « Moi, j’ai de l’espoir quand j’écoute un disque de Souchon ou de Vannier, j’ai de l’espoir quand je vais voir Laurel et Hardy ou un film de Bergman ou de Fellini, j’ai de l’espoir quand je lis San-Antonio ou le dernier livre de Cavanna ; j’avais de l’espoir quand je lisais Charlie-Hebdo... Ce n’est pas un gouvernement de gauche ou de droite qui va me donner de l’espoir ! S’il y a eu des chanteurs de gauche qui escomptaient un changement, c’est qu’ils n’étaient pas libres. Moi, je suis un chanteur, point final. Un chanteur avec un “c” minuscule, je fais des petites chansons dans mon coin et en toute liberté. C’est tout. Je n’attends rien d’un régime, je n’attends que du public. Mon parti, c’est le public.

» La vie de tous les jours est désespérante, c’est vrai, mais elle devient “espérante” dans la mesure où il y a des gens comme Souchon ou Vannier qui la racontent, d’une façon désespérante car elle l’est, mais en mettant, comme le disait Brassens, “des petites fleurs à l’alphabet”. Seuls les artistes peuvent te toucher, te faire pleurer, te faire du bien avec des larmes. Des gens d’une terrible lucidité, mais qui rendent le désespoir “espérant”. Ce n’est pas un P.D.-G., un général, un politicien ou un curé qui pourront te donner ça, mais seulement un artiste, un peintre, un musicien, un chanteur, un poète, un écrivain, un sculpteur…

» L’art est la seule chose positive au monde. Et la seule capable de le sauver, c’est qu’il y ait de plus en plus d’artistes, professionnels ou non. C’est mon seul espoir. Vive Shakespeare, nom de dieu, vivent Mozart, Beethoven, Schubert et Rossini, et vive Reiser, vive Vannier, vive Lluis Llach ! C’est pareil, c’est le même combat. »

Et vive Jamait, ajouterai-je de concert avec Henri qui l’a en quelque sorte adoubé. Et on le comprend : au-delà de la qualité de l’interprète, se voir ainsi réincarné, rajeuni de son vivant, sans attendre d’être (éventuellement) passé à la postérité… et de n’être plus là pour le savoir, c’est fantastique et ça ne peut que vous réconcilier un peu avec le genre humain. Un Jamait comme on le connaît, mais aussi impressionnant (voire plus) au service d’un grand aîné que dans son propre répertoire (il m’a soufflé qu’il allait bientôt entrer en studio pour son prochain album à paraître a priori en novembre) : un digne héritier sous les feux de la rampe, dans cette lignée d’interprètes hors du commun, de Brel, de Tachan et autre Leprest (que j’eus la chance de connaître dès 1982 grâce à… mon ami Henri !). La démonstration que la chanson est une chaîne sans fin, d’une génération l’autre... et que tant qu’il y a des artistes pour s’en souvenir et rester solidaires, il y a de l’espoir. L’espoir de ne pas vieillir, à défaut de celui de ne pas mourir. CQFD.

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Published by Fred Hidalgo - dans Concerts et festivals
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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 08:55

« Alors… Chante ! »… au Café du Canal

 

C’est l’histoire d’un impossible rêve devenu réalité… ou en passe de le devenir. J’avais conté ici la façon dont une certaine politique ennemie de la culture vivante avait mis fin au rêve du festival Alors… Chante ! de Montauban de fêter cette année sa trentième édition. Finalement, ça ne sera que partie remise, mais ailleurs, en d’autres terres plus aimables pour la chanson. À Castelsarrasin, sous-préfecture du Tarn-et-Garonne. À Castelsarrasin, où selon Pierre Perret y a du tabac, y a du raisin : « C’est pas du havane il s’en faut / Et le vin c’est pas du bordeaux / Mais les gens y sont accueillants / Et j’en connais de bien vaillants… » La preuve !

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Il faudra toutefois patienter un an, le week-end de l’Ascension 2016, pour que l’aventure reprenne son cours normal – si tant est qu’on puisse parler de normalité en l’occurrence –, mais d’ores et déjà, le samedi 12 septembre prochain, c’est le trentième anniversaire du festival… de Montauban qu’on célébrera… à Castelsarrasin, à vingt-deux kilomètres seulement de distance. Nous avions eu vent, il y a pas mal de temps déjà, de ce déménagement possible. Espoir… Et puis, l’affaire avait capoté. Dissensions internes... Passons. Il a fallu réorganiser l’association Chants Libres, maître d’œuvre de la manifestation de 1986 à 2014, et attendre simultanément l’invitation officielle des élus de Castelsarrasin. C’est désormais chose faite : Alors… Chante ! s’installera bientôt à demeure dans la ville natale de l’ami (Pierrot) public n° 1, celle de la jolie Rosette aussi, du Café du Canal…

En attendant donc la trentième édition, si tout va bien d’ici là, le rendez-vous de septembre se prépare activement : une grande soirée en plein air à laquelle devraient participer la plupart des artistes qui ont marqué l’histoire du festival (comme ceux de la vidéo ci-dessus). Un événement dans tous les sens du terme. Nul doute que Léo Ferré, Georges Moustaki, Claude Nougaro, Serge Reggiani et autres Allain Leprest ou Maurice Fanon (dont la chanson Mon fils, chante ! inspira le nom du festival), se seraient réjouis à l’idée d’être de la fête. Marquez donc cette date d’une croix blanche dans vos agendas : elle vaudra le déplacement.

Du rêve à la réalité… il n’y a parfois qu’un pas, contrairement à ce que pensent tant et tant de politiciens formatés (et déshumanisés) par l’Ena (…« Et quand ils seront grands, chante Gilbert Laffaille en langage éléphant, ils iront à l’Ena, ils seront présidents ») et sa pensée unique. J’aime à citer Paco Ibañez qui, un jour qu’on parlait de cela, de « l’impossible rêve », de la quête de Don Quichotte et de la triste évolution du monde, répondit tout de go à son interlocuteur d’hidalgo : « L’utopie, c’est tout ce qu’il nous reste à réaliser. » De fait, « les gens assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde – au premier rang desquels les artistes, les poètes, les musiciens, les écrivains, les peintres… – sont ceux qui le changent ! »

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Cela sous-tend bien sûr la présence de l’humain au centre du motif, l’obligation en politique de se mettre au service de la collectivité et non de ses seules ambitions individuelles, comme on a pu le constater à Montauban. « Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux », disait Rousseau. Et dans L’Espoir, Malraux renchérissait à sa façon : « On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans. »

Rien de nouveau sous le soleil ? Ben non… C’est simplement qu’avec le temps, les progrès de la science, la fin des mythes religieux (qu’on croyait…), on pouvait espérer une amélioration, oh légère, très légère, de la mentalité humaine avec sa traduction dans la vie de la cité. Mais non, rien de rien, et du coup, comme le notait déjà Albert Camus à propos de « la société politique contemporaine », celle-ci reste en 2015 « une machine à désespérer les hommes. »

D’autres pensées de ce type ? Tenez, ce constat de Montherlant qui ne se berçait pas d’illusions et se payait encore moins de mots : « La politique est l’art de se servir des gens », ajoutant, avec la sombre lucidité qui le caractérisait : « Je préfère en être victime que complice. » Et un dernier pour la route, à méditer quand on voit « la société politique contemporaine », tous pays confondus, pencher de plus en plus vers la démagogie… et ses dangers extrêmes. « Je regarde la nécessité politique d’exploiter tout ce qui est dans l’homme de plus bas, dans l’ordre psychique, comme le plus grand danger de l’heure actuelle. » Signé Paul Valéry, du haut de son cimetière marin.

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

C’est sans doute ce que l’on appelle la Realpolitik, appliquée partout, dans le seul intérêt national (chacun le sien et au diable les autres !), la mise en œuvre d’un seul et même réalisme matériel faisant fi de l’éthique et de la morale évoquées ci-dessus. L’aboutissement d’une leçon qui n’était finalement que de la realpolitik avant l’heure, développée par un certain Machiavel (1469-1527) dans Le Prince. Un « grand œuvre » auquel on sera toujours nombreux à préférer, quitte à se faire taxer de naïveté et d’utopie, ceux de Saint-Exupéry et Cervantès.

Mais revenons… à nos moutons. De Castelsarrasin. Si, là, le Petit Prince semble prendre le meilleur sur son aîné machiavélique, avec la fête du trentième anniversaire, rien n’est encore acquis pour la suite. D’autant plus que les membres du bureau de Chants Libres (photo ci-dessous), avec sa nouvelle présidente Dominique Janin et l’ancien directeur historique du festival (et cofondateur de l’association) Jo Masure, ont décidé de ne pas déposer le bilan pour tenter de rembourser les dettes et ne léser personne avant de s’atteler à la trentième édition. Ce qui est tout à leur honneur.

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Un appel à dons (déductible des impôts) vient d’être lancé… Si ça vous chante d’en être, il suffit de suivre ce lien vers le site du festival où tout est expliqué. Quant à la soirée anniversaire, voici la page Facebook qui l’annonce officiellement. Une fois les finances renflouées ou en passe de l’être, Alors… Chante ! (100% francophone, respectueux de la charte de la Fédération des festivals francophones dont il est à l’origine) pourra vraiment faire sienne la chanson de l’ami Pierrot : « Je suis de Castelsarrasin »…

Y a quelque chose qui cloche là-dedans…

Avant de conclure ce cent quatre-vingt-dix-neuvième sujet de « Si ça vous chante » (!), permettez-moi un petit aparté suite aux commentaires qu’a aussitôt suscité mon article précédent. Tous fort aimables (merci)… mais dans une seule et même tonalité qui, je dois l’avouer, m’a fort surpris. Comme s’il fallait à tout prix me remonter le moral, comme si j’étais au fond du fond, prêt à « lâcher »… Après la surprise, ma première réaction a été de me dire : « Ils ont lu trop vite ! » Je croyais dresser un simple constat général (certes assez désespérant), et il a été pris – vous l’avez pris – pour l’expression, avant tout, d’un coup de blues individuel. Alors, l’ami Boris et son copain Serge m’ont susurré à l’oreille : « Y a quelque chose qui cloche là-dedans », et moi d’acquiescer : « J’y retourne immédiatement ! »

Y aurait-il eu « plantage » ? Pas possible en effet que tout le monde ait saisi mes propos (un peu) de travers. Je dénonçais la grève du rêve généralisé, avec les résultats que l’on sait, mais en aucun cas la mienne ! Maldonne. Je l’ai dit (en réponse à un commentaire) et je le répète ici : le jour où je ferai moi aussi la grève du rêve, c’est que je mangerai les pissenlits par la racine… Et même, alors, qui sait, je continuerai peut-être de rêver encore…

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Bref, je me suis relu et puis j’ai relu mes classiques et notamment ce Chant de Boileau que je n’avais plus « écouté » (en détail) depuis le secondaire… et j’ai compris. Que ce soit sur un air de tango, de valse ou de java (…des bombes atomiques), ce sont des choses qui arrivent : parfois les paroles ne sont pas à la hauteur de la musique. Alors, ce « repentir », comme disent les peintres : texte écrit trop vite sans doute, dans mon empressement à vous redonner des nouvelles après trois mois de silence et plein de petits mots doux, inquiets, reçus dans l’intervalle. Colère et confusion, aussi, suite au massacre des amis de Charlie… dont on n’arrive pas à se remettre.

 

DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d’une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d’esprit que peu de jugement.

J’aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu’un torrent débordé qui, d’un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Dont acte. La prochaine fois je ne me piquerai point d’une folle vitesse et, sans perdre courage – tout comme l’équipe d’Alors… Chante ! – je remettrai vingt fois mon métier sur l’ouvrage... Boileau ? Ça m’va ! Vauvenargues ne voyait-il pas en lui quelqu’un « chez qui la raison n’était pas distincte du sentiment » ? De la politique et de la morale évoquées plus haut. Quand les deux font chorus, tout devient possible, y compris l’impossible rêve. Y compris la renaissance d’un festival qui semblait blessé à mort.

PS. C’est un essai : nous venons de changer la bannière de mon blog avec une photo prise sur une île lointaine du Pacifique visitée par Stevenson, Melville, Gauguin puis, trois quarts de siècle plus tard, par Jacques Brel… sur les traces duquel j’étais alors parti. Le but n’est pas de faire dépliant touristique mais d’inviter au voyage poétique, au rêve d’un monde meilleur, là où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, là où l’on aime à loisir… Qu’en pensez-vous ?

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 16:38

Désespéré... mais avec élégance


Peut-être que le rêve s’achève, hélas ! Que tout lasse, tout passe, tout casse ?... « Est-ce normal ? Je m’aperçois que je n’ai plus rien reçu de votre part depuis le 17 janvier ! Et cela me chagrine énormément… » Bientôt trois mois, c’est vrai, que je n’ai plus alimenté ce blog… Et les mots comme celui-ci, aussi aimables qu’attentionnés voire affectueux, de se multiplier. Tentative d’explication… en ce jour anniversaire de la naissance de Jacques Brel.

LA GRÈVE DU RÊVE

Après cinq ans révolus d’articles venus, pour la plupart, du fond de moi-même ; cinq ans à entretenir à ma modeste mesure la flamme du beau et de l’authentique ; cinq ans à confier des souvenirs exclusifs sur les artistes que j’ai aimés et fréquentés au long de ma vie ; cinq ans en somme à faire chorus encore et encore, comme autant de bouteilles jetées à la mer ou si vous préférez dans l’océan du World Wide (Wild ?) Web ; cinq ans après, peut-être bien que… ça ne me chante plus ? Que l’érosion menace... Que tout lasse, tout passe, tout casse... ?
 

Guy Béart – La grève du rêve

Et pourquoi pas ? Comme le chante Guy Béart, de toutes parts, tout autour de nous, « la grève du rêve est là. » De plus en plus difficile à supporter, sinon à accepter, pour quelqu’un qui a toujours vécu – et agi – en fonction de ses rêves… à accomplir. Comme l’avait fait le Grand Jacques, homme de rêves et de défis successifs, jusqu’au bout. Certes, « Les rêves sont en nous », chantait le cher Pierre Rapsat, mais aujourd’hui fi des grands idéaux ; « Sinistre / le cuistre / s’étend / inonde / les ondes / du temps. » Folie meurtrière des uns, aquoibonisme des autres : « Images / en cage / folie au tiroir / plus d’âme / qui clame / L’espoir… »

Ce qui m’a touché, fort, chez Jacques Brel, c’est ce que j’appelle dans mon livre sur sa « vie d’après » son principe d’imprudence… qui participait de son rêve préalable. Dans un poème de Leon Felipe qu’il a mis en musique, Paco Ibañez déplore le fait qu’il n’y ait plus de fous en Espagne : « Depuis qu’est mort cet homme de la Mancha / Cet extravagant fantôme du désert / Tout le monde est prudent, terriblement, horriblement prudent… » Don Quichotte reviendrait aujourd’hui, nul doute qu’on lui interdirait partout le passage, qu’on l’empêcherait urbi et orbi de s’exprimer. Trop « imprudent » et donc trop dérangeant…

LA GRÈVE DU RÊVE

En revanche, un chanteur bien connu et apprécié de la collectivité sort un nouvel album… et voilà qu’on publie simultanément un livre sur lui pour « dénoncer » sa face cachée, ses infidélités conjugales supposées. Un autre se dévoue tant et plus pour rester fidèle à un ami disparu et venir en aide aux plus démunis… et voilà la horde des corbeaux coassant qui s’acharne sur lui au premier motif fallacieux venu. L’argent, la jalousie, la haine : triste et sombre triptyque à l’opposé exact des valeurs du chevalier à la triste figure. « Les ocres / médiocres / des réalités / détrônent / les jaunes / d’été / Car la grève du rêve est terrible / elle tue lentement / elle étouffe nos cœurs impassibles / la nuit, en dormant… »

Les attentats de Charlie, ici, les massacres des innocents de plus en plus nombreux, ailleurs… Chaque jour la barbarie gagne du terrain sur la civilisation. Tout commence par de petits renoncements, de petits arrangements (entre amis) avec le principe de laïcité qui favorisent le retour du fait religieux ; lequel s’engouffre dans la place laissée béante par la culture, suite aux décisions de nombreux élus qui semblent la considérer (au mieux) comme la cinquième roue du carrosse… Rien qu’en France, en cette année 2015, une centaine d’événements et de festivals sont purement et simplement supprimés – alors même que les retombées économiques indirectes de ces manifestations, en termes d’hébergement, de restauration, de commerce, de tourisme ou autres, dépassent souvent le montant de l’aide publique qui leur est accordée. Mauvais calcul à tous points de vue, économique et surtout social, car l’abandon de la culture vivante va engendrer dans le tissu social des trous de mites des plus dangereux, dont les barbares et les pousse-au-crime démagogues vont directement profiter.

LA GRÈVE DU RÊVE

Je m’éloigne du sujet ? Peut-être. L’époque, c’est vrai, est à la confusion des genres, à la perte des repères. Ça n’est pourtant pas compliqué : l’homme sans culture est comme une bête sauvage, prête à tout pour simplement survivre et à faire table rase du passé de l’humanité pour imposer son propre mode de vie bestial au reste du monde ; l’homme cultivé vit en paix et en harmonie avec ses semblables, dans la beauté et « Le Bonheur de vivre » (si joliment illustré par Matisse, cf. ci-dessous). « La culture coûte cher ? Essayez donc l’ignorance… » Justement, ça y est, c’est fait, on a essayé, on le sait en toute certitude, en espèces sonnantes et trébuchantes autant qu’en vies humaines : l’ignorance n’a pas de prix, c’est un gouffre sans fond.

LA GRÈVE DU RÊVE

Trente-cinq ans cette année que j’écris et me bats sans relâche, toujours soucieux de cette pédagogie de l’enthousiasme dont parlait Aragon, pour illustrer le meilleur de la chanson vivante (et à travers elle tous les arts qu’elle rassemble à elle seule). Avec des hauts et des bas, certes. Des moments d’exaltation et d’autres de déprime sinon de dépression. Aujourd’hui, disons pudiquement que nous vivons un passage en creux… Jamais sans doute, de notre vivant, l’esprit de chapelle, le sectarisme, donc l’égoïsme, l’intolérance et le rejet de l’étranger n’ont été plus évidents voire revendiqués sans vergogne. Alors, la quête du Beau, du subtil, du sublime, de ce qui ennoblit l’Homme, bof, quelle importance…

La chanson est le meilleur reflet de l’air du temps… et l’air du temps actuel, hein, aux plans politique, médiatique, sociologique, culturel, environnemental… pas vraiment de quoi s’en réjouir. Si nos élites autoproclamées, chaque fois plus impuissantes, plus satisfaites d’elles-mêmes voire plus arrogantes et cependant plus incultes que jamais (« Estamos tocando el fondo… », chante Paco Ibañez dans La poésie est une arme chargée de futur, « Nous sommes en train de toucher le fond »…), nous conduisent au bord du précipice, le bon peuple oublieux (ou nostalgique) de notre tragique histoire récente (trois quarts de siècle, pas davantage…) semble pressé de s’y jeter, pieds et poings liés.

Alors, c’est vrai, avec le temps, on se sent glacé dans un lit de hasard, floué par les années perdues… et me revient en mémoire cette chanson posthume du Grand Jacques : « Ne plus parler qu’à son silence / Et ne plus vouloir se faire aimer / Pour cause de trop peu d’importance / Être désespéré / Mais avec élégance / […] N’avoir plus grand-chose à rêver / Mais écouter son cœur qui danse / Être désespéré / Mais avec espérance… »

Justement, après un petit coup de moins bien, chassez le naturel il revient au galop et on se prend à rêver à d’autres lendemains qui chantent. Moins utopiques, moins collectifs sans doute, mais plus accessibles. Encore que… Pour être très pratique, par exemple, on rêvait, on pensait très sérieusement (je l’avais même annoncé ici) que l’Askoy, le voilier de Jacques Brel (dont j’ai raconté, dans L’aventure commence à l’aurore, l’exemplaire et magnifique histoire de sa restauration en Belgique, après le « rapatriement » de son épave, échouée sur la côte néo-zélandaise), serait remis à l’eau aujourd’hui même, 8 avril 2015, date anniversaire de la naissance du Grand Jacques (l’imagine-t-on, à 86 ans, « cracher sa dernière dent / en chantant “Amsterdam” » ?!). Déjà, on avait espéré pouvoir le faire le 24 juillet dernier, pour les quarante ans du départ, depuis Anvers, de son voyage au bout de la vie. Et puis les fonds nécessaires à la confection des voiles, le seul élément restant, avaient fait défaut…

Malgré tout, en l’espace des six à sept mois séparant octobre d’avril, on estimait – les frères Wittevrongel (à l’origine de cette merveilleuse initiative, avec l’objectif final de mettre l’Askoy au service de la réinsertion sociale) et tous les « Askoyers », leurs soutiens amicaux, avec eux – que l’argent serait trouvé entre-temps, car ça n’était plus que l’équivalent d’une goutte d’eau par rapport à l’ensemble de l’entreprise. Or, non seulement les aides publiques ont continué de briller par leur absence, mais le chantier naval qui abritait le bateau (à Rupelmonde) et laissait ses employés travailler bénévolement (à leurs moments perdus) à sa restauration, a fait faillite l’automne dernier, entraînant l’obligation pour Piet et Staf Wittevrongel de le déplacer à leurs frais... Il se trouve désormais à Zeebrugge. Désillusion, remise en question. Interrogations pour l’avenir.

LA GRÈVE DU RÊVE

Ils ne baisseront pas les bras, rassurez-vous. Moi non plus. Il reste encore des traces sur lesquelles partir, de proches que l’on a aimés (comme mon père, dans mon cas, au destin incroyable depuis qu’il foula le sol français en février 1939) et ou d’artistes qui n’ont eu de cesse de nous rendre la vie plus belle. Alors, oui, écrire pour ne pas mourir, c’est une évidence… Mais pas seulement, loin de là. Compte tenu de tout ce que j’ai tenté maladroitement et confusément d’expliquer ici, il faut du temps aussi pour…

…Chanter
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre – ou faire un vers
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste, d’ailleurs, se dire : « Mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! »
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul…

Voilà la meilleure réponse (Cyrano, pensez donc !), la plus adéquate en tout cas, que je me sens capable d’apporter à tous ces petits mots amicaux reçus ces dernières semaines. Il faut laisser le temps au temps, comme disait non pas Mitterrand (qui avait des lettres) mais, bien avant lui, le seul et unique Hidalgo de la Mancha (réincarné aux Marquises, là où les chevaux sont blancs, en Jacques Brel), il faut faire confiance à la vie… C’est peut-être ainsi que « la grève / du rêve / se meurt », que « le songe / éponge / nos pleurs. » Ainsi qu’en fin de compte « le rêve / s’élève / ce jour » et que « les flammes / s’enflamment / d’amour… »

LA GRÈVE DU RÊVE

PS. Plus prosaïquement, j’ajouterai aux raisons de ma discrétion prolongée (pour ceux qui le souhaitent, je suis plus présent mais bien sûr de façon très différente et plus brève sur ma page Facebook) la désinvolture de l’hébergeur de ce blog. Celui-ci a non seulement modifié son « gabarit » et son fonctionnement (désormais plus complexe) sans laisser le choix à ses utilisateurs, quitte à faire disparaître au passage des vidéos, des documents audio et votre présentation personnelle de la page d’accueil, mais il s’est permis en outre et sans la moindre gêne d’y ajouter de la pub ! Sans même demander leur autorisation aux auteurs des blogs. On nous dira que c’est le progrès… Il me semble qu’il s’agit plutôt d’irrespect ou, pire, d’une indifférence totale à l’égard de leurs « fournisseurs de matière » (gratuite). Ça ne donne guère envie de continuer ici… mais comment faire autrement, sans couper définitivement les ponts entre nous ?

…DERNIÈRE HEURE : bonne nouvelle, la publicité qui avait envahi ces pages (depuis la mise en place automatique de la nouvelle version de l’hébergeur) vient d’être éradiquée par nos soins ! S’il est laissé toute latitude aux annonceurs (n’importe lesquels…) de phagocyter les blogs hébergés en mettant leurs auteurs devant le fait accompli, il existe malgré tout, quelque part, une fonction bien cachée qui permet de s’opposer à ce « coup de force ». Qu’on se le dise (à toutes fins utiles pour d’autres auteurs) et qu’on sache que « Si ça vous chante », depuis sa création le 18 novembre 2009, n’a jamais voulu tirer le moindre embryon d’ombre de profit de son existence. Merci de votre fidélité, sans laquelle j’aurais arrêté d’écrire ici... C’est reparti !

(NB. Je déplore cependant qu’un « service » ait disparu de la page d’accueil : l’affichage automatique des « derniers commentaires » publiés, avec l’indication de l’article commenté, quel qu’il soit depuis cinq ans, qui permettait aux uns et aux autres d’en être informés et surtout de prolonger le dialogue de façon aussitôt visible ; là, les commentaires restent évidemment possibles – et souhaités – mais il faut faire la démarche d’aller cliquer sur « Voir les X commentaires » en chaque fin de sujet pour découvrir les plus récents.)

 

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Published by Fred Hidalgo - dans Éditoriaux
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