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  • : SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • SI ÇA VOUS CHANTE (le blog de Fred Hidalgo)
  • : Parce que c’est un art populaire entre tous, qui touche à la vie de chacun et appartient à la mémoire collective, la chanson constitue le meilleur reflet de l’air du temps : via son histoire (qui « est la même que la nôtre », chantait Charles Trenet) et son actualité, ce blog destiné surtout à illustrer et promouvoir la chanson de l’espace francophone ne se fixera donc aucune limite…
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  • Fred Hidalgo
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.
  • Journaliste depuis 1971, créateur de plusieurs journaux dont le mensuel « Paroles et Musique » (1980-1990) et la revue « Chorus » (1992-2009). Editeur depuis 1984 et créateur en 2003 du « Département chanson » chez Fayard.

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 12:06
Avec le temps… on n’oublie rien, de rien !
 
Pour deux générations au moins, depuis les années 1950, trois personnalités ont dominé la chanson française de la tête et des épaules : Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré. Ce n’est pas un hasard si une photo les représentant tous trois en pleine discussion, entre demis de bière et paquets de scaferlati bleu et de celtiques, est devenue un poster aussi célèbre que celui de « Che » Guevara, reproduit à des milliers d’exemplaires et fréquemment placardé dans des lieux publics, bibliothèques ou aux comptoirs de bistrot (1). Comme hommes et comme artistes, Brassens, Brel et Ferré ont en commun un certain anticonformisme, une révolte profonde même, propre à soulever les cœurs et les esprits. Et bien sûr, un sens de la mélodie populaire et un art poétique sans lesquels il n’est pas de grande chanson capable de s’inscrire dans la mémoire collective.
 
Vassal_Ferre-couv.jpg
 
Ces mots ne sont pas de moi, bien que j’en partage la teneur sans réserve, mais de Jacques Vassal en introduction de son nouveau livre consacré à Léo Ferré, astucieusement sous-titré La Voix sans maître. « Brassens et Brel ont chacun fait l’objet d’une impressionnante bibliographie, note Vassal dont le livre précédent, en 2011, était justement consacré au premier des deux, Brassens, homme libre. Tous deux ont, “avec le temps”, trouvé leur place dans le panthéon médiatique et culturel, en France et à l’étranger, notamment à travers des hommages et rétrospectives à la radio et à la télévision. Ferré, jusqu’à présent, bien moins. Parce que, vivant, il fut, et parti, il reste moins consensuel, moins prévisible, plus controversé et plus complexe, finalement, que ses deux glorieux confrères ? »
  
D’emblée, l’auteur prévient le lecteur que les pages de son ouvrage aideront, entre autres, à cerner ce constat en forme de question. Un ouvrage qui n’est pas « tout à fait » une biographie, non plus qu’une analyse plus ou moins savante de l’œuvre de l’artiste, comme il en existe déjà, mais appartient à « un troisième type » : « Livre de passion et de documentation à la fois, riche de témoignages, récents ou inédits, il est le résultat d’années, de jours et d’heures de réflexion, de relecture des textes, de réécoute des disques, d’imprégnation, de fréquentation des lieux symboliques et de personnes ayant une connaissance intime de Léo Ferré. » Et Jacques Vassal d’assurer : « J’ai voulu offrir ici l’histoire d’une vie (quand même, forcément), celle de la construction et du devenir d’une œuvre, et aussi celle d’une génération qui a grandi, changé, évolué en compagnie de cet artiste. »
 
 
Dont acte et surtout le contraire d’un acte manqué : quand il ne sert à rien de vouloir refaire ce que d’autres ont déjà fait, et très bien, avant vous (en particulier Robert Belleret qui, avec Léo Ferré, une vie d’artiste, paru en 1996 chez Actes Sud, avait réussi « la » bio de référence), il faut procéder autrement, trouver des angles différents voire inattendus, tenter d’apporter des éclairages inédits, susciter de nouveaux points d’intérêt. C’était l’objectif visé par Vassal et atteint ici, avec le talent qu’on lui connaît, après un premier essai tenté en 2003 avec Léo Ferré, L’Enfant millénaire.
 
Détail qui ne trompe pas, Léo Ferré, La Voix sans maître est préfacé par un autre maître-chanteur, qui ne détonne pas, loin s’en faut, aux côtés de la sainte trinité de la chanson francophone – Jacques Canetti, pour évoquer les ACI les plus marquants de son « écurie » chantante, ne parlait-il pas des « 3B » de la chanson ? Brel, Brassens et… Béart ! Brève mais éloquente préface de Guy Béart, donc, qui eut « le bonheur » en 1947, âgé alors de 17 ans, d’assister à la première apparition parisienne de Ferré, rue Jacob, au cabaret Les Assassins : « Léo Ferré fut et demeure le plus “moderne” de nos grands auteurs-compositeurs-interprètes. Dans sa vie et par son œuvre. (…) C’est un aventurier permanent, indépendant de tout système, souvent rejeté par les médias, toujours insurgé, révolté, libertaire et anarchiste. Et, en même temps, un homme issu de la petite bourgeoisie, amoureux perpétuel et trois fois marié… dans les règles. (…) “Avec le temps, va, tout s’en va”… Mais jusqu’à son dernier souffle, la “voix Ferré” était restée unique, inoubliable. Elle le demeure aujourd’hui, et trace ses rails pour nombre de nouveaux auteurs-compositeurs. »
 
LeoVassal.jpg
 
Sans trop entrer dans les détails, signalons que Jacques Vassal nous offre en annexes (outre des témoignages d’artistes, de professionnels ainsi que de proches de Léo) un véritable document : la première interview qu’il réalisa de Ferré en 1971, sous le pseudonyme de François Ayral ! Quatre pages publiées dans l’éphémère magazine Pop-Music (1970-1972). Puis il reprend celle – « un entretien prolongé » – qu’il effectua en 1987 pour Paroles et Musique (n° 71, juin). L’actualité de l’artiste était alors des plus fournies : un spectacle sur les poètes, un nouvel album double, On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans, une tournée au Japon et l’annonce d’une « Fête à Ferré » le 9 juillet suivant aux Francofolies de La Rochelle ; sans parler de la parution toute récente du livre de Jacques Layani, La Mémoire et le Temps, coédité par Paroles et Musique et Seghers. Superbe interview (illustrée par Francis Vernhet : cf. notre photo) au cours de laquelle Léo détailla sa dernière rencontre avec André Breton, invité à passer une journée chez lui, dans une maison qu’il louait dans l’Eure… Il y fut question de son manuscrit Poète… vos papiers ! pour lequel Ferré souhaitait obtenir une préface du pape du surréalisme. « Pas de problème », lui avait dit celui-ci en allant se coucher, avant de lui servir cette phrase énigmatique au petit matin : « Léo, même en danger de mort, ne faites jamais paraître ce livre ! »
  
Au passage, La Voix sans maître évoque quelques épisodes particulièrement éloquents pour nous, où, avec Paroles et Musique dans les années 1980 puis Chorus au début des années 1990, il nous est arrivé d’accompagner Léo Ferré dans son parcours professionnel. Par exemple, informé début 1985 par son attaché de presse Michel Larmand et par son producteur phonographique François Dacla qu’il allait – enfin – sortir un disque de chansons inédites écrites par Jean-Roger Caussimon et mises en musiques par lui (comme auparavant Mon camarade, Monsieur William, Comme à Ostende, Le Temps du tango, Ne chantez pas la mort, Nous deux… rien que des chefs-d’œuvre !), je proposerais une rencontre conjointe pour la publier dans un numéro « spécial Léo Ferré ». Ferre PMC’est ainsi que Paroles et Musique (n° 51, juin 1985) eut la primeur (et peut-être même l’exclusivité) de la seule et unique rencontre jamais réalisée, semble-t-il, entre les deux « camarades », photo à l’appui.
 
C’est Jean-Dominique Brierre qui eut l’insigne bonheur d’officier en l’occurrence, parmi une douzaine de collaborateurs privilégiés de ce dossier : Jacques Erwan (auteur d’un long et magnifique entretien avec Léo), Pierre Favre, Marc Legras, Alain Meilland, Richard Montaignac, Jean-Pierre Moreau (pour une interview de « Popaul » Castanier, le pianiste « historique »), Marc Robine (recueillant notamment les confidences du directeur artistique Richard Marsan), Frank Tenaille (accouchant entre autres de Maurice Frot, « la mémoire de Léo »), Michel Trihoreau… et Mauricette Hidalgo. Photos de Jean-Pierre Leloir, Alain Marouani et Geneviève Vanhaecke, excusez du peu ! L’un de mes plus beaux souvenirs (et motifs de fierté) en plus de trente ans de direction journalistique. Pour rappel, c’est ce même numéro qui contenait notre première grande rencontre avec un certain Allain Leprest ; propos recueillis par un certain Jacques Vassal…
 
Celui-ci, parvenu au dernier chapitre de son livre (« Ne chantez pas la mort ! »), mentionne la soirée de mai 1992 organisée à Montauban en hommage et en présence de Léo par le festival Alors… Chante !, CHORUS44.jpgpuis s’attarde un peu sur ses deux derniers concerts. Le premier à Sauve dans le Gard le 4 août devant sept à huit mille spectateurs (!), dont François Béranger, Maurice Frot et Michel Larmand, ainsi que Marc Robine et Francis Vernhet, « envoyés spéciaux » d’un Chorus encore à naître ; le second à Saint-Florentin dans l’Yonne le 27, dans le cadre du Festival en Othe. Et l’auteur de noter que l’interview « malheureusement assez brève », réalisée au téléphone en amont de cet ultime spectacle (signée Paul Piro, elle fut publiée le 22 dans le supplément « loisirs » de L’Yonne républicaine) « est peut-être la dernière interview de Léo Ferré ». Je peux témoigner qu’il n’en est rien, l’ironie du destin ayant voulu que « la der des ders » soit celle recueillie par Marc Robine pour le tout premier numéro de nos « Cahiers de la chanson ».
 
Avec Chorus, qui succédait dans le même esprit au mensuel Paroles et Musique, nous souhaitions offrir dans chaque numéro un panorama intergénérationnel de la chanson francophone. Des classiques aux modernes, des anciens aux plus jeunes, des monstres sacrés aux talents en herbe… pour ne parler que des artistes (car Chorus proposerait aussi des rubriques spécifiquement axées sur la chanson et « le métier », d’analyse thématique, d’histoire, d’économie, etc.). Et je savais, nous savions, Marc Robine et nous, que Léo Ferré devait absolument figurer au sommaire de ce n° 1 (en fait le « n° 101 » d’un même travail au service de la chanson démarré en juin 1980). Ça ne se discutait pas, pour nous c’était l’évidence même. Nous avions donc « ciblé » le concert de Sauve pour passer un moment avec Léo en vue de la « Rencontre » d’ouverture des « Cahiers de la chanson ».
 
Ce jour-là, il reçut nos collaborateurs de la plus cordiale des façons, le magnétophone de Marc tournant pendant que Francis prenait toutes les photos qu’il voulait… et puis, pris d’un coup de fatigue soudain, Léo Ferré s’excusa et demanda à interrompre l’entretien, en promettant de le prolonger, par téléphone, une fois rentré chez lui en Toscane. Nous ignorions bien sûr, et l’intéressé le premier, l’existence du mal qui, déjà, le rongeait. Au contraire, on se faisait une joie de le revoir à Paris, du 18 au 24 novembre, à l’affiche du Grand Rex (2).
 
LeoMarc.jpg
 
Quoi qu’il en soit, nous avions 196 pages à boucler, un périodique à terminer pour sortir en kiosques le 21 septembre (Chorus ayant choisi de paraître le premier jour de chaque nouvelle saison). Avec les délais de fabrication et la fourniture préalable aux abonnés (de nombreux anciens lecteurs de Paroles et Musique ayant déjà renoué le fil en toute confiance), notre dead line ne devait en aucun cas excéder la première semaine de septembre. Pourtant, fin août, Marc Robine n’avait toujours pas réussi à compléter son entretien. Il lui fallut attendre le 3 ou 4 septembre pour reprendre la conversation. Le soir même, Marc se désolait : « Léo m’a demandé d’arrêter au bout de quelques minutes, il était trop fatigué… Je dois le rappeler demain. »
 
Vous imaginez le stress à l’idée de « louper » la date de sortie d’un premier numéro… Il grandit encore le lendemain, quand le Toscan d’adoption, fidèle à sa parole, disponible dans l’esprit, fut cependant incapable de « tenir » plus de quelques minutes encore. Ça n’est qu’au terme d’un troisième entretien téléphonique (le 5 ou 6 septembre) que Robine jugea posséder assez de matière pour la rencontre programmée. Le temps pour lui de la mettre en forme et pour nous de la mettre en page et cette toute dernière interview de Léo Ferré réalisée en l’espace d’un mois, du 4 août au 5 ou 6 septembre, figurerait bien au sommaire du numéro d’automne 1992 de Chorus.
 
Leo
 
Le 19 octobre, ayant dû renoncer entre-temps aux spectacles qu’il devait donner en Belgique, Léo était opéré à Paris… Onze jours plus tôt, le 8, son ami Richard Marsan s’en était définitivement allé : « Eh ! m’sieur Richard, le dernier… pour la route ? » Le 23, une dépêche de l’AFP annonçait que Léo Ferré annulait son passage parisien au Grand Rex… « Au fil des semaines, écrit Vassal, graduellement, inexorablement, ce corps s’affaiblit. Le tabac lui est désormais défendu par la médecine. Léo a, bel et bien, fumé ses dernières celtiques. C’était un de ses ultimes plaisirs. (…) À Castellina, Léo ne reçoit plus les amis. Il ne voulait pas qu’on puisse le voir diminué. Maurice Frot sera en juin 1993, le tout dernier, hormis la famille, à le voir. » Enfin arriva ce 14 juillet 1993 de funeste mémoire… il y a tout juste vingt ans. Quelques jours plus tard, sa dépouille était inhumée au cimetière de Monaco.
 
« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », assurait Eluard. La vie s’emploie à nous le montrer encore et encore. Ainsi, Marc Robine, auteur de la dernière interview du Vieux Lion et l’un des principaux collaborateurs du dossier spécial de Paroles et MusiqueChorus il y en aurait encore deux, complémentaires, publiés en 1993 et 2003), me fut-il présenté en 1981 par son ami… Jacques Vassal, souhaitant le voir rejoindre notre équipe. Comme Marc Robine m’incitera plus tard à convaincre son ami Jean Théfaine de rejoindre l’équipe de Chorus à sa création… Quant à Jacques Vassal, il fut le premier journaliste auquel j’écrivis (depuis Djibouti, à l’époque) pour lui annoncer la future création du « mensuel de la chanson vivante » et lui proposer d’intégrer sa Rédaction. Il animait alors une page mensuelle de Rock & Folk qui donnait un bon reflet de la création francophone, « Les Fous du folkGibraltar », après avoir publié en 1976 un livre qui faisait autorité sur la chanson française, Français, si vous chantiez
 
Il n’y a pas de hasard… C’est depuis Djibouti encore, à peu près au même moment, que j’écrivis à Georges Brassens, sollicitant une rencontre en vue du n° 1 de Paroles et Musique. Un quart de siècle après, je serais l’éditeur des mémoires de Pierre Onténiente, alias Gibraltar, recueillies par Jacques Vassal… Lors d’une de nos rencontres préalables avec celui qui fut le secrétaire, l’homme à tout faire mais surtout le plus proche ami de Brassens, depuis leur rencontre au camp de Basdorf, en Allemagne, en 1943, j’évoquai cette lettre de janvier ou février 1980 envoyée au Grand Chêne de la chanson française. « Ah, réagit-il aussitôt, la lettre de Djibouti ! C’était vous ?! Bien sûr que je m’en souviens ! Djibouti, vous pensez... Elle doit toujours être dans les archives, d’ailleurs… »
 
Le livre, intitulé Brassens, le regard de « Gibraltar » parut en 2006 en coédition Chorus-Fayard. C’était déjà l’un des deux ou trois livres (avec la table ronde Brel-Brassens-Ferré), entre plusieurs dizaines édités et/ou suscités par votre serviteur, dont j’étais le plus fier. Rendez-vous compte : « les » souvenirs – exclusifs – du témoin le plus proche et le plus ancien à la fois de la vie personnelle et professionnelle de Brassens… Aujourd’hui, Pierre  Onténiente n’est plus. Gibraltar nous a quittés dans la nuit du 13 au 14 juin dernier. Il s’est éclipsé, aussi discrètement qu’il a vécu, pour retrouver son copain au bistrot de l’amitié. Mais en moi je garderai toujours le souvenir de son « regard » ébloui lorsqu’on lui remit « son » livre en mains propres…Beart-couv.jpg
  
Brel, Brassens, Ferré… et puis Béart, signataire, on l’a dit, de la préface de La Voix sans maître. Et puis Trenet, sans lequel, disait Brel en parlant de ses collègues auteurs-compositeurs, « nous ne serions tous que des comptables ». L’occasion de saluer ici, d’autant que c’est chez le même éditeur (bravo en particulier à Jean-Paul Liégeois qui en a été le maître d’œuvre), la parution récente des intégrales des chansons et poèmes de Charles Trenet et de Guy Béart – sur le modèle de celle de Georges Brassens qui, également au Cherche Midi, fait référence.
trenet-couv.jpg 
Respectivement intitulées Y a d’la joie et Le Grand Chambardement, ces intégrales de textes de chansons (440 pour Trenet dont 50 inédits ; 348 pour Béart dont 66 inédits) ne font pas moins de 898 et 1024 pages. L’une et l’autre comportent une préface de Charles Aznavour, la première une introduction de Jacques Erwan (ex-Paroles et Musique…), la seconde d’Emmanuelle Béart, chacune propose divers témoignages… et, dans les deux cas, l’interview de fond réalisée spécialement pour les dossiers Trenet et Béart de Chorus. La première signée Jean Théfaine (avec le concours de Marc Robine), parue dans le n° 28 (été 1999), la seconde recueillie par Marc Legras et votre serviteur, publiée dans le n° 63 (printemps 2008) – de véritables documents pour l’histoire de la chanson.
  
Que dire d’autre, qui ne serait superflu ? Rien, une fois rappelé que Charles Trenet a inventé la chanson française moderne et que les chansons de Guy Béart, passées à la postérité du vivant de leur auteur, font partie intégrante du patrimoine. Rien, si ce n’est qu’en 2011, Jacques Vassal raconta justement l’histoire de la chanson française contemporaine, de l’invention du microphone au mp3, dans une exposition (toujours disponible) qui avait pour objectif de réactualiser et compléter « Il était une fois la chanson française », écrite dans les années 1980 par… Marc Robine. Eh non, il n’y a pas de hasard !
 
 
Alors, Léo, avec le temps, va, tout s’en va ? On oublie les passions et l’on oublie les voix ? Que sont nos amis devenus ? Que reste-t-il de nos amours ? « Avec le temps on n’aime plus » ? Vraiment ?... « Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu / Et l’on se sent glacé dans un lit de hasard / Et l’on se sent floué par les années perdues… » ? Peut-être bien. Mais, avec le temps, on n’oublie rien pour autant. Comme le disait le Grand Jacques, « On n’oublie rien, de rien / On n’oublie rien du tout / On n’oublie rien de rien / On s’habitue, c’est tout. » 
  
LÉO FERRÉ, LA VOIX SANS MAÎTRE, de Jacques Vassal ; Le Cherche Midi, collection Documents, 324 pages (format 14 cm x 22), 14,50 € (site de l’éditeur ; site de l’auteur).
 
(bbf.jpg1). « Signée Jean-Pierre Leloir, précise Vassal dans son livre, cette photo fait partie  d’une série prise lors de la seule interview les réunissant tous les trois. C’était le 6 janvier 1969, à l’initiative du journaliste François-René Cristiani. » En février, des extraits seulement en furent publiés par le magazine Rock & Folk et diffusés sur RTL. Il fallut attendre vingt-huit ans (!) pour découvrir enfin l’intégralité de ce document dans la revue Chorus (n° 20, été 1997), à l’occasion de son cinquième anniversaire, accompagnée de photos jamais vues. En 2003, je proposerais à Cristiani et Leloir d’en assurer l’édition en beau-livre, pour lancer le « Département chanson » Chorus/Fayard : ce sera Brel, Brassens, Ferré, Trois hommes dans un salon (80 pages grand format proposant l’intégrale… intégralissime, François-René Cristiani ayant retrouvé un enregistrement non retranscrit à l’origine), avec une introduction racontant la genèse et le déroulé de l’entretien, l’ensemble illustré d’une cinquantaine de photos, inédites pour la plupart, dont une moitié environ en couleur, outre celle du « fameux poster » en noir et blanc.
(2). « Pour cause de mise à la rue intempestive du TLP-Déjazet », où il devait initialement se produire du 6 novembre au 10 décembre, annoncions-nous dans le n° 1 de Chorus, Léo Ferré s’était « replié » sur la salle du Grand Rex pour une semaine de concerts.
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Published by Fred Hidalgo - dans Actu livres
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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 08:12
Pour des lendemains qui chantent
       
C’est à Montauban, vers où convergent chaque année au week-end de l’Ascension la plupart des professionnels du spectacle, directeurs de salles et de festivals, que l’académie Charles-Cros – la plus prestigieuse et ancienne institution phonographique du monde francophone – décerne ses Coups de cœur chanson du millésime en cours. Toujours un beau palmarès qui, sans consultation préalable, évidemment, recoupe régulièrement la programmation d’Alors… Chante ! À tel point qu’un artiste peut repartir de Montauban, doublement chargé d’un prix Charles-Cros et de Bravos des Découvertes du festival… Quand ça n’est pas du prix Raoul-Breton de la Francophonie, récompensant un artiste « en développement » (c’est-à-dire confirmé et apprécié des connaisseurs mais encore méconnu du grand public), décroché cette fois par le plus que méritant et talentueux Alexis HK.
 
 
Alexis-HK-scene  
Entrée libre, ce jeudi midi 9 mai, au Magic Mirrors pour la remise du palmarès 2013. Comme toujours, le coup d’envoi est donné par Alain Fantapié, qui préside aux destinées de cette illustre académie de la chanson francophone, redisant d’emblée sa satisfaction d’être aussi bien accueilli ici, « les prix du disque Charles-Cros étant indissociables de la scène ». Autour de lui et de Thierry Créteur (directeur de la culture et du « Festival en bonne voix » de la ville de Pessac) qui mène les débats, des membres de la commission chanson Charles-Cros et différents directeurs de festivals représentant l’espace francophone. L’assistance est nombreuse et les artistes primés aussi (douze sur quatorze), bien que n’étant pas, pour la plupart, à l’affiche du festival. Après une brève présentation, chacun propose à tour de rôle une chanson en mode acoustique puis répond, de façon décontractée, à quelques questions d’ordre informatif – un plus indéniable pour les festivaliers qui découvrent ainsi les artistes au naturel.
 
Laureats-Charles-Cros
 
Quatorze lauréats au total, primés certains pour leur nouvel album, d’autres pour leur tout premier. Dix pour la création hexagonale : Askehoug, pour Je te tuerai un jeudi ; BatpointG, pour Juste une note ; Guillaume Barraband pour L’Épopée rustre ; Iaross, pour Renverser ; Laurent Montagne, pour À quoi jouons-nous ? ; Loïc Lantoine, pour J’ai changé ; Maissiat, pour Tropiques ; Mélissmell, pour Droit dans la gueule du loup ; Mell, pour Relation cheap ; Sophie Maurin, pour son disque éponyme. Et quatre dans la catégorie « Coups de cœur francophones », incarnant l’Europe, l’Amérique et l’Afrique : Marc Aymon (Suisse) et Benjamin Schoos (Belgique), étonnant personnage que ce dernier et impressionnant interprète, pour la voix et la présence, pince-sans-rire et un brin provocateur tendance Jacques Duvall and Co ; Lisa Leblanc (Acadie), qui « éclate » en ce moment au Québec et n’avait donc pas pu faire le déplacement ; enfin une jeune femme guitariste, Gasandji, à la voix superbe et à l’émotion à fleur de peau, représentante de cette chanson africaine, pourtant magnifique, que l’on occulte volontiers en Europe au profit d’une musique festive et « primitive » – mais surtout commerciale à l’intention de gogos amateurs de clichés. Quelque part entre les univers d’Ismaël Lo, « le Dylan africain », et du Gabonais Pierre Akendengué, auteur-compositeur majeur du continent noir : Gasandjinée en République démocratique du Congo, Gasandji m’a d’ailleurs confié avoir passé son enfance et une partie de son adolescence au Gabon… Bref, que du bon, voire de l’excellent, dans cette cuvée 2013 mise ici partiellement en bouteille (il y manquait entre autres Mélissmell partie préparer son propre concert au Théâtre), pardon en boîte (noire), par Francis Vernhet.
      
Pour leur part, les artistes et groupes sélectionnés pour les Découvertes du festival – programmées l’après-midi sous le même Magic Mirrors, à raison de trois par jour, de 14 h 30 à 17 h 30 environ – sont passés dans cet ordre : Charles-Baptiste, Jur, Patrice Michaud (Québec), Strange Enquête, Blanche (Belgique), les Échappés de Sangatte, Lia (ex-Félicien Donze, Suisse), Laura Cahen, Yordan, Iaross, Face à la mer, La Mine de rien. Et puis le public a voté et les professionnels ont délibéré. Avec un résultat beaucoup moins évident et unanime que les années précédentes où, souvent, les prix se recoupaient. Signe sans doute qu’aucun artiste ou groupe ne s’est vraiment dégagé du lot comme ont pu le faire par le passé des Jeanne Cherhal, Jamait, Amélie-les-Crayons (photo ci-dessous), Renan Luce, Presque Oui, Carmen Maria Vega, Vendeurs d’Enclumes, Chloé Lacan…
 
Amelie-les-crayons-seule
 
Les Bravos des professionnels, devant Jur et Strange Enquête, ont distingué le trio Iaross (déjà primé par l’académie Charles-Cros) : « De la chanson dans la tradition du verbe avec une large place laissée à l’improvisation. Une inspiration puisée aussi bien dans la musique savante que dans la chanson rock, laissant la part belle au texte. Un univers bâti autour de chansons cassées, de poésie et de violoncelle. » Les Bravos du public, devant Yordan et Face à la mer, sont allés au duo Strange Enquête : « Tchatche et contrebasse, polar et humanités. Textes noirs et riches, espoirs ténus ; villes grises et histoires de pauvres… » Comme à l’accoutumée, ces lauréats ont été présentés au public d’Eurythmie le dernier soir, entre la prestation du lauréat 2012 des Bravos du public, Tiou, et le concert de Tryo, avant de participer avec les autres artistes et groupes sélectionnés – de minuit à trois heures et demie au Magic – à la bien nommée « Nuit des Découvertes ». Plus tôt dans la semaine, le jeudi, c’est la lauréate des Bravos des Professionnels 2012 qui s’était retrouvée en première partie d’une des têtes d’affiche de l’édition, en l’occurrence Liz Cherhal avant Olivia Ruiz dans son nouveau spectacle aux accents cubains. Une Liz – c’est inné dans la famille ! – aussi à l’aise devant une foule immense qu’au Magic Mirrors l’an dernier. Accompagnée d’un seul musicien, elle a enflammé la salle par son enthousiasme, sa malice, sa drôlerie et sa folie communicative. À la fin de la soirée, les spectateurs se pressaient dans le hall pour se faire dédicacer son album…
 
Pour les festivaliers, après le trio quotidien de découvertes, le chemin est tout tracé jusqu’au Théâtre Olympe de Gouges, au centre-ville, pour y assister quatre jours d’affilée (de 18 h à 20 h 30 environ) à deux nouveaux concerts : Askehoug (patronyme norvégien d’un ACI inclassable mais à suivre, récent lauréat du prix Moustaki) en première partie de Didier-Guidoni-Jamait dans le spectacle Leprest (voir sujet précédent) ; Imbert Imbert (toujours égal à lui-même) et Mélissmell (victime ce soir-là d’un problème de son intempestif qui a frustré le public) ; la jeune Maissiat (piano-voix) et le bientôt quadragénaire Alexis HK (il est né le 2 avril 1974) ; Julien Fortier (régional de l’étape, venu de Montpellier) et la gracieuse Amélie-les-Crayons (qui, soit rappelé en passant, avait participé de bien jolie manière, avec l’émouvante Arrose les fleurs , à l’album Chez Leprest…).
  
  
Un régal, une jubilation permanente que ceux d’Alexis et d’Amélie. Dans leur nouveau spectacle, chacun à sa façon, avec son langage propre et sa personnalité, ils s’imposent sans forcer, tout naturellement, sans jamais prendre le public par la main comme on s’adresse à des débiles ou à des moutons, et c’est ainsi que se crée la véritable communion entre la scène et la salle. Par la magie de l’univers proposé qui ne ressemble à aucun autre. Par la qualité de l’écriture, les histoires racontées (une caractéristique millénaire de la chanson, bien rare pourtant en ces temps étranges où le réel s’efface devant le virtuel, où la banalité de la prose se substitue à l’art du conteur). Par le bonheur des mélodies. Par la qualité aussi – et la chaleureuse complicité ! – des musiciens.
 
 
Humour et grande classe avec Alexis, sans le moindre cynisme malgré le côté détaché du personnage, élégant et dandy. Comme échappé de son clip Les Affranchis (que j’ai plaisir à remettre ici en mémoire), où défilent nombre de ses collègues en chanson, à commencer par le « parrain » Charles Aznavour – à moins que ça ne soit un certain Jean-Louis Foulquier ! –, plongés dans les années cinquante. Passé, présent, avenir, Alexis HK balaye toute la gamme. Son nouvel album, Le Dernier Présent, évoque la fin des temps… pour mieux sourire aux lendemains. Fraîcheur et tendresse avec Amélie, dont le charme mélancolique et souriant n’empêche pas le côté déjanté de prendre soudain le dessus, quand elle se lance par exemple dans une danse bretonne endiablée – il faut dire que notre Lyonnaise préférée est maintenant installée en Bretagne ; son nouveau disque s’intitule d’ailleurs Jusqu’à la mer… Tout cela, qui se veut sans prétention, est pourtant des plus réjouissant et intelligent. Surtout, c’est bâti sur du solide, avec beaucoup de métier derrière et, normalement, tout l’avenir devant. Du tout bon, aux antipodes du tout-venant, et c’est peut-être  bien pour ça qu’on n’entend ni ne voit suffisamment leurs auteurs dans les médias.
     
 
Justement, c’est pour pallier un peu les carences de l’audiovisuel grand public que les jurés du prix Raoul-Breton de la Francophonie (soit les membres de la Fédération des festivals de chanson francophone, en association avec les éditions Raoul-Breton, Alors… Chante ! et la Sacem) ont choisi d’élire cette année Alexis HK. Et à l’unanimité s’il vous plaît ! Après Pierre Lapointe en 2011 et Presque Oui en 2012. La remise du prix – qui récompense « le travail d’un artiste francophone pour la qualité d’écriture de ses œuvres et pour l’originalité de sa proposition artistique à un moment charnière de sa carrière » – a eu lieu sur scène, pendant le concert du récipiendaire. Pour le plus grand plaisir du public, il faut le dire, tant Alexis est désormais à l’aise sur les planches, quelles que soient les circonstances. Gérard Davoust, président des Éditions Raoul-Breton, Jo Masure et Lilian Goldstein, responsable de l’action culturelle de la Sacem, s’en sont aperçus !
 
Alexis-Prix-Raoul-Breton
 
Ce rappel quand même, simplement pour info (et aussi pour rafraîchir un peu des mémoires parfois trop courtes) : les premiers articles de Chorus spécifiquement et respectivement consacrés à Alexis et Amélie, éminents représentants de la « Génération Chorus », remontent déjà à dix ans (n° 42, hiver 2002-2003, et n° 44, été 2003). Dix ans (suivis bien sûr de portraits et de rencontres), soit le temps qu’il fallait jadis – disons jusqu’à la génération 70-80 (Le Forestier, Renaud, Sanson, Souchon, Chedid, Jonasz, Cabrel, Goldman…) – pour passer de l’état de découverte à celui de vedette. Mais aujourd’hui… ? Sauf exception, aujourd’hui, un artiste ne cesse de débuter !
 
 
En témoignent notamment nos conversations avec les responsables de la FFCF, lors de cette semaine passée à Montauban : la chaîne de la découverte, ou plutôt celle du « développement » de l’artiste, est aujourd’hui complètement grippée. Si le vivier de talents prometteurs se renouvelle sans cesse, s’il y a toujours des lieux et des professionnels compétents pour les accueillir, de moins en moins de tourneurs ou de producteurs sont prêts à les prendre en charge au-delà de la période concernée. Autrement dit : « on » fait de l’argent avec des « révélations » tant qu’on peut profiter de la filière musicale constituée pour cela, du réseau des salles et des festivals, mais dès qu’il faut passer à l’étape suivante, celle de la confirmation avec un nouveau spectacle voire un nouvel album, il n’y a plus personne ! Personne ou presque pour accompagner l’artiste qui se voit dès lors livré à lui-même et au bon vouloir des programmateurs (comme Montauban, fidèle à ses découvertes, invitant à nouveau Mélissmell, Imbert Imbert, Jamait, Liz Cherhal, Valérian Renault ou Barcella cette année), dans l’indifférence de la majorité des médias nationaux.
 
Amelie musiciens
 
Quadrature du cercle qui empêche la plupart de franchir un cap pour mener une véritable carrière. La chanson serait-elle vouée à devenir, en dehors du cercle réduit des professionnels de terrain et des amateurs éclairés, une expression artistique destinée à la seule et unique nouvelle génération du moment, alors qu’elle a toujours été comme un pont jeté entre les générations ? La question se pose désormais avec acuité, et voilà pourquoi on ne peut que se réjouir de voir des Alexis HK et des Amélie-les-Crayons évoluer aussi bien et toucher tous les publics. Comme un Valérian Renault, l’excellent auteur-leader des Vendeurs d’Enclumes qui se produit aussi en solo et a bénéficié d’un passage remarqué au Magic Mirrors (c'est ma mention spéciale de l'édition) ; ou comme un Barcella...
     
De Barcella, voici ce que je disais ici même en janvier 2010 après l’avoir découvert par hasard à Risoul, au « festival de la forêt blanche », aux côtés d’une bien belle équipe (Clarika, Émily Loizeau, JP Nataf, Lili Cros et Thierry Chazelle, Rose, Mathieu Boogaerts, Alcaz, Davy Kilembé…) :  
 
   
« Ce soir-là, c’est Barcella, totale découverte, qui remportait en champion la palme du public. Barbe de trois jours, fichu comme l’as de pique, ce jeune homme dégingandé, originaire de Reims, se présente tout seul à la guitare, mais avec plein de mots et de textes savoureux dans la besace. Piochant au besoin, pour les illustrer, dans le tango ou la valse. Drôle, incisif, satirique, il renouvelle le genre (mi-slam mi-chanson) à sa façon : pince-sans-rire. Ce faisant, même si on s’éclate (cf. La Queue de poisson, sur un appendice des plus personnels, ou cette autre chanson toute en rimes piscicoles, justement…), des facilités percent encore çà et là que le temps, toujours lui, et l’expérience devraient parvenir à éviter à l’avenir.
         
 
» Et si tout cela se bonifie (sans exclure pour autant d’autres thèmes moins rigolos, à l’instar de cette Salope qui, son titre ne l’indique pas forcément, est une chanson sur la mort, ou plus tendres, telle Mademoiselle), on devrait bientôt entendre parler de lui. Comme quoi la simplicité suffit – un texte, une musique, un instrument – quand le talent est là, évident, pour créer une communion instantané entre la scène et la salle. Barcella : retenez ce nom ! »
 
Barcella-guitare-copie-1
  
Pas grand-chose à ajouter, sauf qu’en l’espace de trois ans, non seulement la barbe a pris du galon, mais l’artiste aussi comme nous le pressentions. Jusqu’à obtenir en 2012 le prix Barbara et devenir début 2013 le parrain du prix… Georges Moustaki. Son nouvel album s’appelle Charabia ; tel un art dans lequel Barcella est passé maître. Mais à la façon d’un Raymond Devos, d’un Leprest mâtiné de Lantoine, ou parfois d’un Souchon croisant Higelin chez Renaud qui se souviendrait de Brassens (lui-même, on le sait, inconditionnel de Trenet) – eh oui ! la chanson étant une chaîne sans fin dont chaque nouveau maillon hérite peu ou prou des précédents. D’un prince de la langue, quoi ! De son maniement aussi, avec une élocution confondante.
 
 
Barcella-chaiseOn le sait, à ce niveau d’incandescence, quand la forme et le fond se rejoignent, et que le grave a l’élégance de se présenter sur les pointes, quand la folie ne craint pas de côtoyer la mélancolie (L’Âge d’or…), ça fait des étincelles dans les oreilles, ça prend feu dans la tête et ça se propage dans les cœurs… C’est ce qui est arrivé au Magic Mirrors où, le vendredi 10 mai « autour de minuit », le public, unanime, a fait un triomphe à l’artiste, accompagné d’un seul musicien. Et celui-ci le lui a bien rendu, en allant jusqu’au bout du bout, jusqu’à s’installer au milieu de la salle, grimpé sur un tabouret. Pour repartir de plus belle dans son ascension de la note et du verbe, avec son drôle d’accent aux origines transalpines. Amoureux de la parole, chaleureux, généreux… et visiblement heureux de l’être.
 
« Barcella : retenez ce nom ! » écrivais-je il y a trois ans et demi. Barcella, oserai-je aujourd’hui : d’ores et déjà, à trente-deux ans, un des tout meilleurs de la chanson actuelle. N’attendez pas plus longtemps pour aller à sa rencontre. En disques (ils sont très réussis : le premier, La Boîte à musiques, paru en 2010, comme le second, primé en 2012 par l'académie Charles-Cros), mais avant tout et surtout en scène où il est irrésistible.  
 
 
Voilà, j’arrive moi aussi au bout. Non pas de l’édition (il y aurait encore tant à dire, à parler de la programmation enfants, des « Mômes en zic » avec Bïa, Michèle Bernard, Alain Schneider… ; d’une belle et belge soirée avec Françoiz Breut, Vincent Delbushaye et Peter Bultink, ex-Orchestre du Mouvement perpétuel ; des excellents et transversaux Lo’Jo qui renvoient les chapelles musicales aux oubliettes ; parler aussi des artistes qui viennent à Montauban rien que pour le plaisir de rencontrer ou découvrir leurs collègues, comme le groupe Entre 2 Caisses, Xavier Lacouture, Gérard Morel ou Pascal Mathieu – lequel vient enfin de sortir un nouvel album, Sans motif apparent, etc.), mais au bout de mon charabia à moi. Lequel ne vaut que par votre écoute… et l’écho que vous choisirez ou non de lui donner. Chanter ou déchanter, voilà la question !
 
   
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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 14:39
Pour l’émotion et la mémoire
  
Montauban 2013, vingt-huitième édition, du 6 au 12 mai derniers. Pour l’émotion et la mémoire, on a été servi avec deux soirées spéciales respectivement consacrées à Léo Ferré et Allain Leprest (réunis pour la première fois en 1985 dans Paroles Musique, un numéro devenu collector – cf. ci-dessous). Pour le bonheur de voir croître la « Génération Chorus » (connue du grand public, après coup, sous le qualificatif de « nouvelle scène »), on s’est félicité des prestations d’Alexis HK et d’Amélie-les-Crayons. Pour le plaisir de constater que l’on n’avait pas eu tort de parier sur certains talents en herbe, on s’est réjoui de l’éclosion (qu’on espère définitive) de Barcella. Quant aux découvertes, c’est la marque de fabrique du festival. Que demander de plus ?
 
PM51
  
Un compte rendu, j’imagine, quand on n’a pas eu soi-même la chance de participer à l’événement ; et pas n’importe lequel, n’est-ce pas, un qui vous chanterait ? Pas compliqué avec ce festival dont c’est précisément et par définition la vocation d’inciter à faire chorus en chanson. N’est-ce pas Alors… Chante !, d’ailleurs, dans le but d’améliorer l’écoute, de privilégier l’artistique et de réguler l’économie, bref de favoriser l’éthique dans un milieu trop souvent régi par la folie des cachets et la dictature du son, qui est à l’origine de la Fédération des festivals de chanson francophone ? Des festivals de toutes tailles mais nés (en Belgique, en France, au Québec et en Suisse) d’une semblable passion et dirigés, tous, avec une soif identique de découvertes et une même envie de partager celles-ci dans les meilleures conditions possibles. N’est-ce pas à Montauban que, pour œuvrer en ce sens, se réunissent chaque matin de la semaine leurs directeurs et responsables de programmation (près d’une trentaine à ce jour) ?
 
  
De ce fait, disons-le sans détours, Alors… Chante ! est le festival français par excellence (public inclus) qui incarne le « terrain » de la chanson. Le vrai, celui où tout se passe vraiment. Pas celui de la frime, du showbiz et des médias parisianistes qui ne jurent que par la tendance commerciale du moment, laquelle penche toujours plus (Putain, ça penche ! dirait Souchon dans une de ses chansons qui, l’air de rien, l’art des grands, dit tout en la matière : « On voit le vide à travers les planches… »), du côté obscur, pardon anglophone, de la production dite francophone ! Comme une forme d’autisme monocorde et monochrome, alors que la création digne de ce nom n’a aucunement besoin, pour restituer à sa façon toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, de renier les siennes – lesquelles l’identifient, l’authentifient... et, seulement ainsi, peuvent la rendre universelle. De la différence entre les créateurs et les faiseurs, l’artisanat et le système financier, les hommes de terrain et ceux censés rendre compte de celui-ci… sans quitter leur tour d’ivoire. Mais c’est là un autre débat.
 
  
Montauban en tout cas, c’est cela, l’expression même du terrain. À commencer par ses Découvertes. Avec un D majuscule depuis qu’elles ont été institutionnalisées par des prix du public et des professionnels (« les Bravos »), après une action permanente de repérage (suivie d’ateliers et de résidences d’artistes) ; rien qu’entre octobre et décembre 2012, dix-neuf artistes ou groupes se sont produits dans la cité d’Ingres et alentours, invités par l’association Chants Libres organisatrice du festival, dont neuf ont été retenus sur les douze de la sélection 2013 ! Mais ça n’est pas que cela, pas seulement ces Découvertes qui, on le leur souhaite, feront peut-être partie un jour du patrimoine. Alors… Chante !, c’est d’abord et avant tout un endroit où la chanson évolue comme à la maison, où les générations et les personnalités se côtoient dans la plus belle harmonie. Comme le faisaient Anne Sylvestre et Olivia Ruiz, par exemple, au fil de Paroles et Musique et de Chorus
 
Les enfants de Léo
 
La soirée d’ouverture en a été le plus bel exemple, aux antipodes même des chapelles d’âges, de genres et de publics qui ne cessent de se développer dans « la musique », se juxtaposant sans jamais se rejoindre, quitte à engendrer une nouvelle ère de repli tribal. Ce lundi 6 mai, dans la grande salle (Eurythmie) du festival, envahie d’un public de 7 à 77 ans, on avait rendez-vous avec « les Enfants de Léo », pour marier le patrimoine et le devenir de la chanson. Et montrer par la même occasion que toutes les formules musicales se prêtent à celle-ci, quand « la musique est bonne ». Chantant ou récitant en piano-voix, en guitare-voix, en accordéon-voix, accompagnés par des machines électroniques ou un orchestre symphonique (parfois ces deux derniers ensemble et c’était du plus bel effet), les neuf artistes retenus se sont fondus dans le répertoire de celui dont on célébrait ce soir-là le vingt et unième anniversaire de l’édition dont il avait accepté d’être l’invité d’honneur, une semaine durant. Un an et deux mois avant sa disparition…
 
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On ne décernera pas ici de bons points aux uns et de moins bons aux autres, ce serait trop subjectif et de toute façon il ne s’agissait pas d’un concours de téléréalité, simplement de rendre un hommage sincère à l’un des plus importants auteurs-compositeurs de l’histoire de la chanson. Et sur ce plan, on peut en attester, les neuf artistes présents étaient rongés par le trac et l’émotion. D’autant que Marie-Christine Ferré, toujours aussi humble et avenante, se trouvait dans la salle aux côtés des responsables du festival, le directeur Jo Masure et Roland Terrancle, le président de l’association… Tout juste regrettera-t-on l’aspect « défilé » des artistes, se succédant sans liaison véritable, venant et revenant l’un après l’autre, pour passer à l’essentiel, à savoir la formidable surprise représentée par l’Orchestre du conservatoire de Montauban, fort de soixante-quatre musiciens. Dirigé par Jean-Marc d’Andrieu, il a donné une ampleur et une subtilité rares aux chansons et textes de Léo, dix en l’occurrence auxquels il faut ajouter la superbe introduction de la soirée (ainsi que sa conclusion) avec une version instrumentale d’Avec le temps.
 
Magnifique réussite sur scène, unanimement appréciée du public, mais gros travail en amont, certains morceaux de Ferré n’ayant jamais été orchestrés pour une telle occasion. « C’est notre pianiste Bernard Laborde qui a orchestré et étoffé les symphonies de chansons telles L’Affiche rouge, La Mémoire et la Mer, L’Oppression et Mister Giorgina », précisait plus tard Jean-Marc d’Andrieu, chef d’orchestre et directeur du conservatoire, au Tchatchival, le journal d’ Alors… Chante ! (orchestré, celui-là, par Bernard Kéryhuel). Avant de confier son principal motif de fierté : « Surtout la joie de jouer de si belles musiques, le plaisir de la rencontre avec les artistes ; comme Mélissmell par exemple qui a fourni un très bel effort de concordance et qui ajuste brillamment sa tonalité à celle du compositeur révolutionnaire, Ludwig ! »
 
  
Mélissmell, certes, dans une extraordinaire et pourtant difficilissime interprétation du Chien et d’Il n’y a plus rien sur un allegretto de la Septième symphonie de Beethoven. Mélissmell encore avec Les Artistes. Et puis Cali avec L’Oppression, L’Affiche rouge et Richard ; Camélia Jordana avec La Mémoire et la Mer ; Alexis HK avec On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ; Yves Jamait avec Mister Giorgina ; Nilda Fernandez avec La Solitude ; Bruno Ruiz enfin avec Ton style. Chacun de ces titres étant entrecoupé de prestations « autonomes » en solo, en duo ou en trio. Ainsi Bruno Ruiz avait-il choisi de dire a cappella l’aussi longue qu’incontournable Préface du prince des poètes de la chanson : « Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie ; elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. […] Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes, […] il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger… La lumière ne se fait que sur les tombes. »
 
  
Également a cappella et au grand étonnement de certains, Camelia Jordana reprenait Petite de très convaincante façon, après avoir expliqué toute l’influence de cette chanson sur sa vie d’artiste, suivie justement de La Vie d’artiste. Nilda Fernandez proposait Pauvre Rutebeuf, seul à la guitare, et le trio des Grandes Bouches une interprétation festive de L’Âge d’or, La Révolution et Je chante pour passer le temps ; Alexis HK s’essayait aux Anarchistes en la jouant classieuse (à l’image de son personnage) ; Yves Jamait, C’est extra, semblait être l’auteur des Bonnes manières… Et puis, Catherine Boulanger nous replongeait vingt et un ans en arrière, en reprenant sa magnifique chanson Pour Léo, celle qu’elle avait créée, ici même, le 6 mai 1992, devant un Vieux Lion incapable de masquer son émotion : « Léo, j’aurais aimé être une chanson de toi / Pour naître sur tes lèvres et vivre par ta voix… »
 
Où vont les chevaux quand ils dorment ?
  
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Deuxième coup de cœur du festival, au chapitre de la mémoire. Mais de la mémoire du présent et de l’avenir autant que celle de l’artiste disparu que cette création évoque, son répertoire n’ayant d’autre temporalité que celle de l’humain – qu’il soit d’hier, d’aujourd’hui ou de demain. Immortel, en somme. « Où vont les chevaux quand ils dorment ? », c’était le titre d’une des chansons d’Allain Leprest, c’est aujourd’hui celui du spectacle en son hommage écrit par Claude Lemesle (dont le texte court en fil rouge du début à la fin), mis en scène par Gérard Morel, mis en musique (accordéon, guitares et piano) par Romain Didier, et interprété  par un trio magique : celui-ci, bien sûr, le complice, l’alter ego et souvent le compositeur d’Allain, parfois au micro seul et parfois au piano-voix (quel musicien au demeurant !) ; Yves Jamait, qu’on dirait né pour chanter du Leprest ; Jean Guidoni, enfin, qui a l’art d’incarner physiquement et de s’approprier avec brio tout ce qu’il touche.
 
 
Au générique, une vingtaine de chansons : Sur les pointes, La Retraite, Y a rien qui s’passe, Arrose les fleurs, C’est peut-être, SDF, J’ai peur, Mec, Saint-Max, Bilou, Le temps de finir la bouteille… et, au final (avant le joli rappel chanté à trois, devant le rideau refermé, et repris spontanément en chœur par le public), Tout c’qu’est dégueulasse (porte un joli nom). Le tout (bravo, Gérard Morel !) dans un décor adapté au sujet, occupé ou plus exactement habité par les musiciens et les chanteurs qui prennent le micro à tour de rôle, seul, en duo(s) ou en trio, debout, assis sur un élément du décor, avachis sur le piano ou virevoltant sur les planches et les feuilles (mortes) l’espace d’Une valse pour rien. Magnifique !
 
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Question on ne peut plus légitime : serait-ce un spectacle réservé aux seuls inconditionnels d’Allain ? L’écueil était là, en effet, qui aurait pu marquer les limites de cette création. Mais non, du tout ! Au contraire, c’est un spectacle qui donne les clés d’entrée à l’univers de celui que Nougaro considérait « comme un des plus foudroyants auteurs [qu’il ait] entendu au ciel de la langue française ». À chacun ensuite de poursuivre la découverte, si ça lui chante. L’idée, aussi habile et intelligente que nécessaire pour donner envie d’aller plus loin, a été de faire enregistrer le beau texte de Claude Lemesle (résumant la vie de l’homme et de l’artiste) par de jeunes enfants, qui le disent en voix off, entre deux chansons, en butant sur les mots, en bafouillant parfois, comme s’ils déchiffraient dans leur manuel de littérature l’histoire d’un grand auteur, quelque part entre les chapitres Jacques Brel et Arthur Rimbaud… Entre la naissance dans la Manche et la corde fatale. Je hais les gosses, chantait Allain. Mais là, comment ne pas être charmé par eux, par l’innocence et la fraîcheur, par l’émotion en un mot, qu’ils apportent ainsi ?
 
 
Car le plus important, toujours, c’est bien la capacité d’un spectacle à engendrer ou non de l’émotion. Pourquoi le cacher ? Sans être blasé le moins du monde, le spectateur se sent souvent en manque (et en demande) de fond et de sens, la forme aussi brillante soit-elle ne pouvant masquer bien longtemps l’absence de propos… Eh bien, là où vont les chevaux, croyez-moi ou il faut aller paître dans un autre champ, la charge émotionnelle est omniprésente. C’est du lourd, dirait Abd Al Malik. Du lourd-léger plus exactement, tellement c’est vivant et même drôle par moments, tellement c’est beau, c’est simple et tellement ça danse : les mots, les ritournelles et les artistes. À vous remuer la tête et le cœur…
 
 
Quand les lumières se rallument, en découvrant les yeux rougis de vos voisins, vous n’avez pas honte des larmes que vous n’avez pu empêcher de laisser couler. Pour n’avoir pas su retenir plus longtemps l’ami, bien sûr, mais de bonheur aussi : le bonheur de savoir que ses mots continueront d’être portés par d’autres que lui, aussi joliment, encore « longtemps, longtemps, longtemps » après que le poète aura disparu. Vingt-huit ans déjà après que Paroles et Musique lui eut consacré une première « Rencontre » d’importance, avec des photos exclusives signées Jean-Pierre Leloir
 
 
Et comme il faut toujours rendre à César ce qui lui appartient, précisons que l’idée de ce spectacle revient à Didier Pascalis, fidèle producteur discographique d’Allain Leprest, et à Leïla Cukierman, directrice du Théâtre d’Ivry-sur-Seine, où il a été créé à la rentrée 2012, mais à deux reprises seulement, les 29 et 30 septembre. Depuis, c’était la première fois que cette création était présentée, et nulle part ailleurs elle n’aurait pu l’être de plus sensible et symbolique façon qu’à ce festival de Montauban auquel Allain était si attaché, tant à la ville, en spectateur, qu’à la scène.
 
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Un trio de choc et de tendre a priori définitif, qui incarne bien la chaîne intergénérationnelle de la chanson : Romain Didier (à qui Chorus offrit la première couverture de sa carrière), Jean Guidoni (idem, mais dix ans plus tôt, avec Paroles et Musique) et Yves Jamait, un enfant de la « Génération Chorus » (repéré à la charnière des années 90-2000, il était en passe, fin 2009-début 2010, de se retrouver à la une des « Cahiers de la chanson »). Souvenirs, souvenirs… Pour l’avenir, « Où vont les chevaux quand ils dorment ? » est appelé à tourner (doit tourner !) largement. Déjà, le spectacle est programmé par certains festivals de l’été, dont les Francofolies de La Rochelle. Si vous êtes en quête de bonheur, vous savez quoi faire et où aller. « Le bonheur est un hold-up permanent », disait Léo Ferré…
 
 
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NB. Parmi les vidéos accompagnant ce sujet, celle où Allain Leprest chante Nu est illustrée pour une bonne part (et sans indication de crédits…) par des photos de Francis Vernhet prises pour Chorus et publiées notamment dans le dossier du n° 41 (automne 2002) consacré à l’artiste, de photos personnelles que celui-ci nous avait confiées ou d’autres encore, comme celle (d’Albert Weber) de sa rencontre sur scène avec Jean Corti (l’ex-accordéoniste de Brel, lors de la soirée anniversaire des dix ans de Chorus), ou celle (de votre serviteur) où on le voit à Montauban avec Nilda Fernandez et Jamait. Sans parler du dessin offert par Allain « à Mauricette et Fred, pour tout ». Toujours rendre à César…
 
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